Il y a des seconds rôles qui pèsent plus lourd que des premiers. Salvatore Bonpensiero, dit « Big Pussy », en fait partie : c'est par lui que Les Soprano ont fait comprendre à leur public ce que la série allait vraiment coûter à ses personnages. L'acteur qui lui prêtait sa silhouette et sa voix rauque, Vincent Pastore, est mort.
Ce que l'on sait
Il a été retrouvé mort à son domicile de City Island, dans le Bronx, le 1er août 2026, à l'âge de 80 ans, après que ses voisins ne l'avaient pas vu depuis trois jours. Sa disparition a été annoncée par la BBC parmi d'autres médias.
City Island n'est pas un décor anodin dans cette histoire. C'est un ancien village de pêcheurs rattaché au Bronx, un bout de Nouvelle-Angleterre échoué dans New York, à quelques kilomètres de New Rochelle où il avait grandi. Pastore n'avait jamais vraiment quitté ce coin de la ville.
Une entrée tardive dans le métier
Sa trajectoire ne ressemble pas à celle d'un acteur de série. Né le 14 juillet 1946 dans le Bronx, il a servi dans la Navy pendant la guerre du Vietnam, obtenu un diplôme d'art dramatique à l'université Pace, puis fait tout autre chose : il a travaillé dans le milieu des clubs new-yorkais et exercé comme chauffeur.
C'est par ses amitiés avec les frères Matt et Kevin Dillon qu'il est venu au jeu, à un âge où beaucoup ont déjà renoncé. Il apparaît dans Les Affranchis de Martin Scorsese en 1990, puis dans Gotti en 1996 et Mickey les yeux bleus en 1999.
Il faut mesurer ce que cela signifie. Une bonne partie de la crédibilité que Pastore apportait à l'écran venait de ce qu'il n'avait pas passé sa vie dans des cours de théâtre. Quand il jouait un homme du milieu, il n'imitait pas un genre, il en restituait la texture.
Big Pussy, le personnage qui a tout fait basculer
En 1999, HBO lance Les Soprano, et Pastore, à 53 ans, obtient le rôle qui allait le définir : Salvatore Bonpensiero, ami d'enfance de Tony Soprano, membre de son équipe, presque un frère.
Sans rien déflorer pour ceux qui découvriraient la série aujourd'hui, disons ceci : l'arc de ce personnage est celui qui a fait comprendre au public que Les Soprano n'était pas une série de gangsters de plus. Là où le genre carbure d'ordinaire à la loyauté virile et à la vengeance spectaculaire, la série a choisi de raconter la trahison depuis l'intérieur, avec sa lâcheté, sa peur et son chagrin. Le personnage de Pastore en porte le poids, et la manière dont il le joue, à la fois pathétique et attachant, est ce qui rend la chose insupportable.
Ce rôle a durablement pesé sur sa carrière au sens le plus littéral : après Les Soprano, on lui a proposé pendant vingt ans des variations du même homme.
L'après, et le reste
Pastore a continué de tourner, notamment dans Gang de requins en 2004, où il prêtait sa voix, et dans Revolver de Guy Ritchie en 2005. Il a aussi mené une vie publique assez peu conforme au registre du comédien dramatique : une émission sur une radio satellitaire, des passages dans des programmes de téléréalité comme Celebrity Apprentice et Shark Tank, et, à partir de 2019, sa propre marque de sauce tomate.
On peut sourire de cette dernière reconversion. On peut aussi y voir la cohérence d'un homme qui n'a jamais prétendu être autre chose que ce qu'il était : un type du Bronx entré tard dans un métier qui, une fois dans sa vie, lui a confié un personnage inoubliable.
Les Soprano auront perdu, au fil des années, plusieurs de leurs interprètes majeurs, à commencer par James Gandolfini en 2013. Chaque disparition rappelle que cette série, diffusée entre 1999 et 2007, appartient désormais à l'histoire de la télévision, au même titre que les films dont elle procédait.



