Renoncer à un projet contesté suffit d'ordinaire à éteindre une crise. Pas cette fois. Au lendemain du retrait de son plan d'ouverture de la Coupe du monde à des investisseurs privés, Gianni Infantino se retrouve visé par un texte d'une dureté rare de la part de la confédération européenne.

Ce que dit l'UEFA

L'instance européenne affirme que la direction actuelle de la FIFA a perdu non seulement sa confiance, mais aussi celle de nombreux autres membres de la famille du football, rapporte franceinfo.

Deux formules retiennent l'attention. L'UEFA parle de « manœuvres secrètes » menées à marche forcée, et évoque des « individus sans visage » dont l'intérêt réel pour le sport serait discutable. La première vise la méthode : un projet préparé sans consultation véritable des membres. La seconde vise les investisseurs pressentis, sans les nommer.

Il faut mesurer ce que ce vocabulaire signifie dans un milieu où les désaccords se règlent habituellement en réunion et se communiquent en langue de bois. Une confédération qui accuse publiquement la direction de son organisation faîtière d'avoir agi en secret ne cherche pas un compromis.

Ce qui est demandé, et ce qui ne l'est pas

C'est le point sur lequel il faut être précis, parce que la nuance a été perdue dans plusieurs reprises.

L'UEFA ne réclame pas explicitement la démission d'Infantino. Elle demande que des comptes soient rendus, que les responsables de la manœuvre soient identifiés, et que la gouvernance interne de la FIFA soit revue. Elle indique par ailleurs qu'aucune option ne devrait être écartée, formule volontairement ouverte qui laisse planer la possibilité d'aller plus loin sans s'y engager.

Sur le fond financier, sa position est cohérente avec son opposition initiale : si la FIFA veut redistribuer davantage à ses membres, qu'elle le fasse par les mécanismes existants plutôt qu'en cédant une part de son actif le plus précieux à des fonds privés.

Une Europe seule à ce niveau d'exigence

La géographie de la contestation n'a pas changé depuis le début de l'affaire, et elle explique la suite.

L'UEFA est allée jusqu'au vote d'un boycott. La CONCACAF et la Confédération asiatique ont rejeté le projet sans franchir ce pas. Sur les autres continents, Infantino conserve des soutiens, notamment là où l'augmentation des dotations aux fédérations sous ses mandats a laissé des traces favorables.

Autrement dit : l'Europe pèse lourd sportivement et économiquement, mais à la FIFA, une voix par fédération, et elles sont 211. C'est cette arithmétique qui a fait échouer le projet, et c'est la même qui protège aujourd'hui son promoteur.

Ce qu'un statut permet, et ne permet pas

Pour être clair sur les possibilités réelles : les statuts d'une fédération internationale ne prévoient pas de motion de censure permettant à une confédération de destituer un président en exercice. Les voies existantes sont d'un autre ordre, disciplinaire ou électorale, et elles supposent soit une procédure formelle, soit une échéance.

Une échéance électorale existe, et Infantino a fait savoir qu'il entendait rester en poste. Nous ne donnerons pas ici de date de congrès ni de délai de dépôt des candidatures : plusieurs chiffres circulent, nous n'avons pas pu les recouper de manière satisfaisante, et une date fausse sur un calendrier électoral n'est pas un détail.

Quant aux noms avancés pour lui succéder, ils relèvent pour l'instant de la spéculation de presse, et l'un des dirigeants les plus cités a démenti toute ambition.

Ce qui se joue vraiment

Le projet est mort, mais l'affaire a produit autre chose : elle a mis à nu un mode de fonctionnement. Un plan à plusieurs milliards préparé sans que le personnel dirigeant de l'institution, de son propre aveu, en connaisse la teneur, cela pose une question qui survivra au retrait du texte.

C'est cette question que l'UEFA cherche maintenant à installer, et c'est pour cela qu'elle continue de parler alors que le dossier est officiellement clos.