Le communiqué est tombé à 7h31, vendredi 31 juillet. L'AC Milan y annonce la mort de Franco Baresi, à 66 ans, avec une phrase qui dit l'attachement d'un club à un homme : il n'est pas simple d'annoncer la perte d'un battement de notre cœur. Le club précise que son exemple restera, comme son numéro 6, une part constitutive de son ADN.

Il avait subi à l'été 2025 une opération pour l'ablation d'un nodule pulmonaire. Sa dernière apparition publique remontait à février 2026.

Vingt ans, un seul maillot

Franco Baresi arrive au Milan en 1977, à dix-sept ans. Il y reste jusqu'en 1997. Vingt saisons, un seul club, quinze ans de brassard de capitaine : dans le football d'aujourd'hui, cette phrase relève de l'archéologie.

Son frère aîné Giuseppe a fait carrière de l'autre côté de la ville, à l'Inter, également comme défenseur international. Les derbys de Milan les ont opposés pendant des années, ce qui reste l'une des singularités les plus racontées du calcio des années 1980.

Son palmarès en rossonero : six titres de champion d'Italie et trois Coupes d'Europe des clubs champions, en 1989, 1990 et 1994. Il compte 81 sélections avec l'Italie.

Ce qu'il a changé dans la manière de défendre

C'est là que se situe son véritable héritage, et il dépasse largement l'Italie.

Quand Arrigo Sacchi arrive au Milan à la fin des années 1980, il impose une défense de zone très haute, avec un hors-jeu systématique, à rebours du catenaccio et du marquage individuel qui régnaient alors dans le calcio. Ce système ne fonctionne que si le patron de la ligne lit le jeu une seconde avant tout le monde, décide de monter au bon moment, et entraîne les trois autres avec lui.

Baresi était cet homme. Avec Paolo Maldini, Alessandro Costacurta et Mauro Tassotti, il a formé la ligne de quatre la plus imitée de l'histoire du football européen. Fabio Capello a poursuivi ensuite ce que Sacchi avait bâti, et le Milan a dominé l'Europe.

Il n'avait pas le gabarit qu'on attend d'un défenseur central, et compensait par le placement, le timing et l'autorité. C'est précisément pour cela qu'il a été si copié : il démontrait qu'un défenseur pouvait dominer par l'intelligence de jeu plutôt que par la puissance physique.

Le penalty de 1994

Les Français se souviennent surtout de lui pour la finale de la Coupe du monde 1994, contre le Brésil, au Rose Bowl de Pasadena. Baresi y joue alors qu'il a été opéré du genou moins d'un mois plus tôt, un retour que personne n'attendait. Le match se termine 0-0, et se joue aux tirs au but.

Il tire le premier. Il manque. Roberto Baggio manquera le dernier. Le Brésil est champion du monde.

L'image de Baresi à genoux, épuisé, reste l'une des plus fortes de l'histoire des Coupes du monde. Elle est aussi injuste que célèbre : elle réduit à un tir manqué un joueur qui venait de tenir cent vingt minutes sur un genou tout juste recousu.

Le numéro 6

À son départ en 1997, le Milan a retiré son numéro 6, une distinction que le club réserve à de très rares joueurs. Il en était devenu vice-président d'honneur en 2020.

Une précision s'impose, car elle a marqué cette semaine. Le 29 juillet, plusieurs médias avaient annoncé sa mort par erreur, et le club avait démenti en demandant le respect de sa vie privée. Nous avions nous-mêmes publié cette information erronée vendredi matin, et nous l'avons corrigée. Cette confusion, aussi pénible soit-elle pour ses proches, ne change rien à ce qu'il laisse.