Il existe un différend territorial entre la France et un pays voisin, il porte sur deux morceaux de roche volcanique où personne n'habite, et presque personne en métropole n'en a entendu parler. Le Vanuatu vient de faire savoir qu'il était prêt à le porter devant les instances internationales.

Deux points sur une carte

Commençons par la géographie, parce qu'elle explique tout le reste.

L'île Matthew se situe dans le Pacifique Sud, à 279 kilomètres au sud-sud-est d'Anatom, l'île la plus méridionale du Vanuatu, et à environ 446 kilomètres à l'est de la Nouvelle-Calédonie. Elle couvre 0,7 kilomètre carré.

L'île Hunter est un peu plus loin encore, à 331 kilomètres au sud-est d'Anatom, avec une superficie d'environ 0,65 kilomètre carré et un dôme volcanique culminant à 242 mètres.

Aucune des deux n'est habitée, et aucune n'est facile d'accès : la Marine nationale et des missions scientifiques s'y rendent régulièrement, généralement par hélicoptère, les conditions d'accostage étant difficiles.

Additionnées, les deux îles représentent moins d'un kilomètre et demi carré de terre émergée. C'est moins que le bois de Vincennes.

Pourquoi se disputer un caillou

Parce que ce n'est pas le caillou qui compte.

Un îlot habitable, en droit de la mer, ouvre droit à une zone économique exclusive pouvant s'étendre sur 200 milles marins autour de lui, soit environ 370 kilomètres. À l'intérieur de cette zone, l'État côtier détient des droits souverains sur les ressources : pêche, ressources du sous-sol marin, énergie.

Autour de Matthew et Hunter, cela représente une surface maritime considérable, sans commune mesure avec la superficie des îles. C'est explicitement cette zone maritime, et non les rochers eux-mêmes, qui constitue l'enjeu du différend.

Ce mécanisme explique la plupart des contentieux insulaires de la planète, du rocher d'Okinotorishima aux récifs de mer de Chine méridionale : un État qui obtient un îlot n'obtient pas un territoire, il obtient un domaine maritime.

Les deux thèses

La position française repose sur la continuité administrative : les îles sont rattachées à la Nouvelle-Calédonie, et ont été intégrées en 1976 dans la zone économique exclusive calédonienne, soit avant l'indépendance du Vanuatu. Paris s'appuie également sur des pratiques cartographiques anciennes et sur la présence régulière de la Marine nationale, manifestation classique d'un exercice effectif de souveraineté.

La position ni-vanuatuaise, elle, invoque la proximité géographique, l'antériorité des usages coutumiers et la toponymie : Matthew porte localement le nom d'Umaenupne, et les deux îles sont rattachées, dans l'organisation administrative du Vanuatu, à la province de Taféa.

Le nœud tient à la date. Le Vanuatu accède à l'indépendance en 1980, quatre ans après le rattachement contesté. Tout le débat porte sur ce que le nouvel État a hérité ou non des arrangements pris avant sa naissance, question classique en droit de la décolonisation et rarement simple.

Ce qui change maintenant

Des discussions bilatérales se sont ouvertes en 2025. Elles se sont enlisées au premier semestre 2026, et Port-Vila a annoncé son intention de saisir les instances internationales.

Ce basculement mérite d'être compris pour ce qu'il est. Passer de la négociation à la juridiction, c'est renoncer au compromis pour rechercher une décision, avec le risque de tout perdre et la possibilité de tout gagner. C'est aussi, pour un micro-État de moins de 350 000 habitants, une manière de rééquilibrer un rapport de force diplomatique très défavorable : devant un tribunal, la taille d'un pays ne compte pas.

Pour la France, l'enjeu dépasse largement ces deux rochers. C'est par ses territoires du Pacifique et des autres océans qu'elle détient la deuxième zone économique exclusive du monde, et chaque contentieux insulaire touche à la cohérence de cet ensemble.

Ce que nous ne savons pas encore

Restons prudents sur la suite, car plusieurs choses ne sont pas établies à ce stade : devant quelle instance exactement le Vanuatu entend saisir, selon quel calendrier, et sur quel fondement précis. Une saisine annoncée n'est pas une saisine déposée, et les procédures internationales en matière de délimitation maritime se comptent en années.

Ce que l'on peut dire, en revanche, c'est que ce dossier a cessé d'être une curiosité cartographique. Il concerne un partenaire régional de la France dans une zone Indo-Pacifique où Paris revendique un rôle, et il sera lu, par les voisins, comme un test de la manière dont la France traite les revendications de ses petits voisins océaniens.