Une magnitude de 4,7 n'a rien d'extraordinaire à l'échelle mondiale. Sous les Champs Phlégréens, à trois kilomètres de profondeur et sous l'une des zones les plus densément peuplées d'Europe, elle prend un tout autre sens.

Ce qu'enregistre l'INGV

La liste des événements de l'Institut national de géophysique et de volcanologie italien est formelle sur les données de base : la secousse principale est datée du 31 juillet 2026 à 19 h 46, avec une magnitude de 4,7 et une profondeur de 3 kilomètres, dans la zone des Champs Phlégréens.

Cette profondeur est la donnée qui compte le plus pour comprendre les dégâts. Un séisme superficiel concentre son énergie sur une zone restreinte, directement sous les habitations, là qu'un séisme profond de même magnitude serait à peine ressenti. L'épisode s'inscrit dans une série : une quinzaine d'événements ont été enregistrés dans le secteur sur ces deux journées, plusieurs dépassant la magnitude 3.

Le bilan humain, lui, s'est précisé au fil du samedi : 21 blessés, dont deux gravement, et des dégâts matériels concentrés sur Pozzuoli et ses environs : murs fissurés, chutes de matériaux, bâtiments évacués par précaution.

Une caldeira sous une agglomération

Les Champs Phlégréens, en italien Campi Flegrei, ne ressemblent pas à l'idée qu'on se fait d'un volcan. Il n'y a pas de cône. Il y a une caldeira, c'est-à-dire une vaste dépression circulaire formée par l'effondrement du terrain après des éruptions d'une violence considérable, il y a des dizaines de milliers d'années.

Cette caldeira mesure une dizaine de kilomètres de diamètre, s'étend en partie sous la mer dans le golfe de Pozzuoli, et surtout : elle est habitée. Des villes entières se sont construites dedans, à l'ouest immédiat de Naples. C'est la donnée qui rend ce volcan singulier. Ailleurs, on vit à côté d'un volcan. Ici, on vit dans le volcan.

Le bradyséisme, ce sol qui respire

Le phénomène qui secoue régulièrement le secteur porte un nom qu'on n'entend nulle part ailleurs : le bradyséisme, littéralement le mouvement lent du sol.

Le principe est le suivant. Sous la caldeira, du magma et surtout des fluides et des gaz chauds circulent dans des réservoirs peu profonds. Quand la pression augmente, le sol se soulève, de quelques centimètres par an, parfois davantage. Quand elle retombe, il redescend. Ce n'est pas une secousse, c'est une déformation continue, mesurable au millimètre.

Le problème est que cette déformation fissure la croûte. Le terrain se distend, les contraintes s'accumulent, et se libèrent sous forme d'essaims sismiques : des séries de petits séismes très superficiels, comme celui du 31 juillet. La protection civile italienne documente ces cycles, qui ont marqué le secteur de Pozzuoli dans les années 1970 et 1980 avant de reprendre plus récemment.

Est-ce le signe d'une éruption ?

C'est la question que tout le monde pose, et la réponse honnête est qu'elle n'appartient pas à un journaliste.

Ce que l'on peut dire, en s'en tenant à ce qui est documenté : les crises bradysismiques précédentes, notamment celles des années 1970 et 1980, ont provoqué des dégâts, des évacuations massives à Pozzuoli, et ne se sont pas conclues par une éruption. Un essaim sismique n'est donc pas, en soi, l'annonce d'une éruption.

Ce que l'on peut dire aussi : la dernière éruption du secteur remonte à 1538, celle qui a formé le Monte Nuovo, et l'INGV maintient une surveillance permanente du site, portant à la fois sur la déformation du sol, la sismicité et la composition chimique des gaz émis par les fumerolles. Ce sont ces trois paramètres, pris ensemble, qui permettent de qualifier l'état du volcan, et non la magnitude d'une secousse isolée.

Il faut donc résister à deux tentations symétriques : dramatiser un séisme superficiel en signe avant-coureur, et le banaliser alors qu'il a blessé vingt et une personnes. Pour les habitants de Pozzuoli, le sujet immédiat n'est pas une éruption hypothétique, mais un bâti ancien que chaque secousse fragilise un peu plus.