Il y a une manière de voyager qui consiste à cocher : sept pays en dix jours, une photo devant chaque monument, et le sentiment persistant, en rentrant, de n'avoir rien vu. Le tourisme lent est né du refus de cette arithmétique.

Ce que c'est, exactement

Le principe tient en une phrase : rester plus longtemps dans moins d'endroits.

Le tourisme lent consiste à s'immerger dans une destination plutôt qu'à en traverser plusieurs, à fréquenter les lieux où vont les habitants, à prendre le temps d'observer des habitudes et des usages. Le trajet cesse d'être un temps mort entre deux étapes : il fait partie du voyage.

Ses partisans privilégient les modes de transport à faible impact, jusqu'à renoncer à l'avion, et préfèrent les transports en commun à la voiture individuelle.

Une filiation qui remonte au fast-food

L'origine du mouvement est plus concrète qu'il n'y paraît, et assez drôle.

Tout part de 1986, quand Carlo Petrini lance à Rome une protestation contre l'ouverture d'un McDonald's. De cette colère naît le slow food, puis un mouvement plus large, le slow movement, qui applique la même critique de la vitesse à d'autres domaines : la ville, le travail, l'éducation, et donc le voyage.

La généalogie remonte en réalité plus haut. Des écrivains voyageurs européens du XIXe siècle, Théophile Gautier parmi eux, opposaient déjà une forme de résistance au culte de la vitesse qui accompagnait alors le chemin de fer. L'idée que se déplacer vite abîme le regard n'a pas attendu l'avion low cost.

L'argument climatique, et sa limite

Le raisonnement carbone est simple. Les émissions du tourisme sont dominées par le transport, et surtout par l'avion et la voiture. Réduire le nombre de trajets, allonger les séjours et privilégier le train ou le bus abaisse mécaniquement l'empreinte d'un voyage.

Une précision utile pour éviter le contresens le plus courant : ce n'est pas la durée du séjour qui pèse, c'est l'aller-retour. Deux semaines au même endroit émettent à peu près autant qu'un week-end au même endroit, mais deux fois moins que deux week-ends. C'est pourquoi le tourisme lent recommande de rester plutôt que de multiplier les escapades.

La critique qu'il faut entendre

Le mouvement n'échappe pas à une objection sérieuse, adressée d'ailleurs à l'ensemble de la mouvance slow : celle de l'élitisme.

Rester deux semaines suppose d'avoir deux semaines. Prendre le train plutôt que l'avion coûte souvent plus cher en Europe. Privilégier l'artisanal et le local revient fréquemment à payer davantage. Il y a quelque chose d'un peu court à faire la leçon sur la lenteur à des gens dont les congés sont fractionnés et le budget contraint.

Cette critique ne disqualifie pas la démarche, mais elle interdit d'en faire une morale. Le tourisme lent est une pratique disponible pour ceux qui disposent de temps, et il vaut mieux le dire.

Ce qu'on peut en tirer, concrètement

Reste que plusieurs de ses recommandations ne coûtent rien, et c'est probablement là son intérêt le plus large.

Choisir une destination proche plutôt que lointaine, y rester, et accepter de ne pas tout voir. Chercher les endroits fréquentés par les habitants plutôt que ceux que le guide classe en tête. Utiliser les transports du quotidien, qui restent le meilleur observatoire d'un territoire. Et se donner le droit de revenir au même endroit, ce que le tourisme de consommation présente comme un manque d'imagination et qui est souvent la meilleure façon de finir par connaître un lieu.

En France, où une part importante des vacanciers ne quitte de toute façon pas le pays, la question n'est pas tant d'aller moins loin que de ralentir une fois arrivé.