Il y a des communes qui sortent d'un incendie abîmées, et d'autres qui n'en sortent pas. Le Porge, sur le littoral girondin, appartient à la seconde catégorie. C'est la commune la plus dévastée par les feux de cet été, avec près de deux cents maisons détruites.

Sur ce chiffre, les décomptes ne concordent pas encore tout à fait, et il faut le dire : le bilan avancé par la préfecture s'établit autour de 183 habitations, celui remonté par la commune approche 192. L'écart s'explique par la méthode de recensement, qui distingue les destructions totales des dégâts partiels, et il se stabilisera dans les jours qui viennent. L'ordre de grandeur, lui, ne bouge pas.

Un dépôt allemand sous le sable

Puis il y a eu ce que personne n'avait prévu, et que personne ne pouvait prévoir.

Dans la nuit du 23 au 24 juillet, au plus fort du sinistre, des obus ont commencé à exploser. Le maire, Martial Zaninetti, dit avoir entendu plus d'une centaine de détonations, et parle d'un bruit de guerre.

L'explication est venue ensuite : un dépôt de munitions allemandes de la Seconde Guerre mondiale, enfoui dans le sol à quelques mètres d'habitations construites depuis. Le littoral girondin a été lourdement fortifié par l'occupant, et il en reste ce qu'il en reste, sous les pins et sous le sable. Soixante-quinze obus ont été retrouvés depuis, selon la municipalité, et des démineurs sont intervenus une fois le sol refroidi.

Un détail résume l'affaire mieux qu'un bilan. Un projectile a traversé un volet, brisé une fenêtre, percé une porte et fini sa course sur le carrelage d'un dressing. La maison avait échappé aux flammes ; elle a été touchée par une munition vieille de plus de quatre-vingts ans.

Aucun blessé n'est à déplorer du fait de ces explosions, ce qui relève de la chance. Les secours travaillaient à proximité, sans savoir ce qui se trouvait sous leurs pieds.

Ce que cela dit du sous-sol français

Cet épisode n'est pas une curiosité locale. Des millions de munitions non explosées subsistent dans le sol français, héritage des deux guerres mondiales, et le service de déminage de la sécurité civile en collecte des centaines de tonnes chaque année.

Ce que l'incendie du Porge met en évidence, c'est un risque de second ordre qui n'entre dans aucun plan de secours : un feu de forêt qui chauffe suffisamment le sol pour amorcer des munitions ensevelies, dans une zone devenue résidentielle sans que personne, y compris le maire, n'ait été informé de ce qui dormait là.

« Le Porge sacrifié » : ce que dit l'accusation, et ce qu'elle vaut

Reste la question la plus difficile. Des habitants estiment que leur commune a été délaissée au profit du Cap-Ferret voisin et de ses villas. Un collectif de sinistrés s'est constitué en vue d'une action judiciaire, et le mot « sacrifié » revient dans les témoignages.

Cette accusation a été examinée, notamment par CheckNews, le service de vérification de Libération. Il faut en rendre compte honnêtement, sans la valider ni l'évacuer.

Ce qui est établi : des moyens ont bien été redéployés d'un secteur vers l'autre pendant la nuit du 23 au 24 juillet, et les ressources aériennes disponibles ce jour-là en Gironde étaient inférieures à ce que la doctrine prévoit pour un feu de cette intensité. Ce qui ne l'est pas : l'idée d'un arbitrage délibéré au bénéfice d'un territoire plus fortuné. Les moyens de lutte se déplacent en fonction de la menace immédiate sur les vies, et un commandement des opérations qui protège en priorité les zones où le plus grand nombre de personnes est exposé applique sa doctrine, il ne trie pas les communes selon leur prix au mètre carré.

Cela ne clôt pas le débat, et cela ne devrait pas le clore. Que des moyens aient manqué est une question légitime, et distincte de celle de savoir s'ils ont été mal répartis. Un retour d'expérience officiel devra dire pourquoi, un jour de feu convectif annoncé, la Gironde ne disposait pas de la couverture aérienne prévue. C'est cette question-là, plus que celle du favoritisme, qui mérite une réponse.

Pour les habitants du Porge, l'urgence est ailleurs : reloger, indemniser, reconstruire, et rendre un sol praticable avant cela.