Il y a des annonces que l'on attendait sans y croire tout à fait. Luiz Inácio Lula da Silva, président du Brésil, se déclare candidat à sa propre succession, et présente ce mandat comme le dernier. Il se dit « en pleine forme ».
Un homme, quarante ans de vie publique
Né le 27 octobre 1945 à Caetés, dans l'État du Pernambouc, Lula a 80 ans, et en aura 81 avant même la fin de l'année.
Son parcours tient en quelques bornes qui suffisent à mesurer la singularité du personnage. Un premier passage au pouvoir du 1er janvier 2003 au 1er janvier 2011, soit deux mandats complets. Une longue traversée du désert judiciaire ensuite : mis en cause dans le scandale Petrobras, il est condamné à douze ans de prison et déclaré inéligible, puis incarcéré à Curitiba en 2019, avant d'être libéré à la faveur d'un recours.
Le retournement vient en 2021, quand la Cour suprême fédérale annule ses condamnations en retenant la partialité du juge. Rendu à l'éligibilité, il remporte la présidentielle de 2022 avec 50,9 % des voix face au président sortant Jair Bolsonaro, dans ce que l'encyclopédie décrit comme le scrutin présidentiel le plus serré de l'histoire du Brésil. Il gouverne depuis le 1er janvier 2023.
Ce que veut dire « quatrième mandat »
L'expression mérite une précision, car elle peut égarer un lecteur français habitué au quinquennat.
Le Brésil autorise deux mandats d'affilée, pas davantage, mais n'interdit pas de revenir après une interruption. Lula a donc pu enchaîner ses deux premiers mandats, attendre douze ans, puis reprendre en 2023. Un quatrième mandat le mènerait, s'il l'obtenait et l'achevait, jusqu'au début des années 2030, à 85 ans passés.
C'est là que l'annonce prend son relief. La question de l'âge, qui a dominé la vie politique américaine ces dernières années, se pose ici dans les mêmes termes, et la réponse « je suis en pleine forme » est exactement celle que donnent tous les dirigeants concernés. Elle ne vaut pas démonstration.
Pourquoi cela nous concerne
Le Brésil n'est pas un sujet lointain pour la France. C'est la première économie d'Amérique latine, un poids lourd du climat par l'Amazonie, et le principal partenaire de l'Union européenne dans la négociation avec le Mercosur, laquelle divise durablement le monde agricole français. Qui dirige Brasília pèse concrètement sur des dossiers qui remontent jusqu'aux cahiers de doléances des agriculteurs de l'Ouest.
Il y a enfin la valeur d'exemple, dans les deux sens du terme. Un homme condamné, emprisonné, puis blanchi par la juridiction suprême de son pays au motif que son juge n'était pas impartial, et qui redevient chef de l'État par les urnes : le récit est spectaculaire, et il est invoqué comme précédent par des responsables très différents, sous des latitudes très différentes, pour justifier leurs propres démêlés judiciaires. La circonstance décisive, dans le cas brésilien, est que c'est bien une cour qui a défait la condamnation, pas une majorité parlementaire ni un décret.
Reste l'inconnue habituelle, et il faut la garder en tête : une candidature déclarée n'est pas une investiture, et une investiture n'est pas une élection.



