Le transfert était écrit depuis un an et demi, il est désormais officiel : Randal Kolo Muani appartient à la Juventus. Le chemin parcouru mérite un regard, parce qu'il éclaire une mécanique économique plus large que le cas d'un joueur.
De Bondy à Francfort, en passant par Boulogne
Né le 5 décembre 1998 à Bondy, en Seine-Saint-Denis, Kolo Muani est un produit du FC Nantes, où il évolue de 2015 à 2022, du centre de formation aux débuts professionnels. Un prêt à US Boulogne en 2019-2020 lui donne du temps de jeu, étape classique et souvent décisive dans une trajectoire française.
Le tournant est un choix contractuel : en 2022, il rejoint l'Eintracht Francfort libre de tout contrat. Nantes ne touche rien. En Bundesliga, il explose, et cette saison-là suffit à changer sa valeur marchande.
Entre-temps, sa carrière internationale décolle : appelé en équipe de France en 2022, il dispute la Coupe du monde de la même année, où les Bleus sont finalistes, puis l'Euro 2024.
Quatre-vingt-dix millions, puis le banc
En 2023, le Paris Saint-Germain le recrute pour 90 millions d'euros. C'est le montant qui rend la suite intéressante.
Le passage parisien ne tient pas ses promesses. En janvier 2025, le joueur part en prêt à la Juventus, et ce prêt se transforme cet été en transfert définitif pour environ 38 millions d'euros.
L'arithmétique est brutale : le club parisien récupère un peu plus de 40 % de sa mise, trois ans après. Sur un actif amorti comptablement, la perte sèche est moindre qu'il n'y paraît, mais l'opération reste un échec sportif et financier.
Ce que raconte cet aller-retour
Trois enseignements, au-delà du cas particulier.
Le premier concerne la formation française. Nantes forme un international, le voit partir gratuitement, puis le regarde être vendu 90 millions un an plus tard. Ce n'est pas une anomalie mais un symptôme : la faiblesse des clubs formateurs face aux fins de contrat continue de leur coûter l'essentiel de la valeur qu'ils créent.
Le deuxième concerne le PSG. Payer 90 millions un attaquant qui vient de réussir une saison, dans un effectif déjà saturé à ce poste, relève d'une logique d'accumulation plus que de construction. Le club a depuis affiché une inflexion vers des profils plus jeunes et moins coûteux ; ce dossier appartient à la période précédente, et son solde en est la facture.
Le troisième concerne le joueur lui-même. À 27 ans, avec une Coupe du monde et un Euro derrière lui, il retrouve à Turin un club qui l'a voulu, l'a essayé pendant un an et demi, et a choisi de l'acheter. C'est probablement, pour sa carrière, la meilleure issue possible : la Juventus ne paie pas 38 millions un joueur dont elle ne veut pas.
Reste une question ouverte, et il faut la poser sans y répondre : un attaquant qui a coûté 90 millions et qui en vaut 38 trois ans plus tard a-t-il baissé, ou n'a-t-il jamais valu 90 ? L'histoire récente du marché suggère que la seconde hypothèse mérite d'être prise au sérieux.


