Le Volcán de Fuego est entré en éruption et le Guatemala a émis une alerte, rapportent plusieurs rédactions françaises. Nous n'avons pas pu ouvrir leurs articles et ne donnerons donc ni le détail de l'activité en cours, ni le périmètre exact des évacuations. Ce qu'il faut savoir de ce volcan, en revanche, explique pourquoi une alerte y est prise au sérieux.

Un volcan qui n'a jamais vraiment cessé

Le Fuego culmine à 3 763 mètres, entre Antigua Guatemala et le volcan Acatenango. C'est un stratovolcan de zone de subduction, et l'un des plus actifs d'Amérique centrale.

Deux chiffres suffisent à cadrer le sujet. Il entre en éruption de façon irrégulière depuis 1524, c'est-à-dire depuis que l'on tient des registres dans la région. Et il se trouve en phase éruptive continue depuis 2002. Autrement dit, ce volcan ne se réveille pas : il ne s'est jamais rendormi. Ce qui varie, c'est l'intensité.

Ce qui s'est passé le 3 juin 2018

C'est la référence qui explique la prudence des autorités.

L'explosion du 3 juin 2018 a fait 114 morts, des centaines de disparus et des dizaines de blessés, principalement dans des villages détruits par des nuées ardentes et des lahars.

Ces deux mots désignent ce qui tue réellement sur un volcan de ce type, et ils méritent d'être expliqués. Une nuée ardente est un mélange de gaz brûlants, de cendres et de fragments de roche qui dévale les pentes à très grande vitesse et à plusieurs centaines de degrés. On ne la distance pas, et une maison ordinaire n'en protège pas. Un lahar est une coulée de boue volcanique, mélange de cendres et d'eau, qui emprunte les vallées et les ravins et peut se déclencher des heures ou des jours après l'éruption, dès qu'il pleut sur les dépôts de cendres.

C'est pourquoi une alerte volcanique ne se lève pas quand l'explosion cesse. Le risque de lahar, lui, commence après.

Pourquoi la géographie aggrave tout

Le Fuego menace directement environ 30 000 riverains, et les évacuations y sont périodiques.

Mais l'élément qui distingue ce volcan de beaucoup d'autres est ailleurs : la capitale, Guatemala, dont l'agglomération dépasse cinq millions d'habitants, se trouve à une trentaine de kilomètres du sommet. Trente kilomètres, ce n'est pas la portée des coulées, qui restent confinées aux pentes et aux vallées. C'est en revanche la portée des cendres, qui paralysent un aéroport international, contaminent les réserves d'eau et rendent la circulation dangereuse.

L'épisode du 9 mars 2025 l'a montré à petite échelle : une nouvelle phase éruptive avait alors contraint les autorités à évacuer près de 300 familles, et les retombées de cendres avaient affecté écoles et infrastructures régionales.

Ce qu'il faut regarder dans les prochains jours

Trois indicateurs feront la différence entre un épisode ordinaire et une répétition de 2018 : l'apparition ou non de nuées ardentes descendant les ravins habités, la direction du panache de cendres par rapport à la capitale et à son aéroport, et la météo, puisque des pluies sur des dépôts frais déclenchent les lahars.

Pour les voyageurs français, l'Acatenango voisin est l'un des treks les plus fréquentés d'Amérique centrale, précisément parce qu'il offre une vue plongeante sur les explosions du Fuego. En période d'alerte, ces courses sont suspendues, et il faut s'en tenir aux consignes de l'institut national de sismologie et de volcanologie guatémaltèque.