Nous signalions hier des vidéos truquées visant plusieurs personnalités françaises, sans pouvoir en dire davantage. L'affaire est désormais documentée par l'ensemble de la presse : Raphaël Glucksmann dénonce une opération russe de déstabilisation le visant, qui implique également Léa Salamé, sa compagne, et Edwy Plenel.

Nous n'avons pas pu ouvrir ces articles et nous en tenons donc à ce sur quoi Le Monde, Libération, Le Figaro, Le Parisien, Ouest-France, Sud Ouest et Franceinfo convergent.

Le montage, tel qu'il est décrit

Le dispositif ne repose pas sur une simple rumeur. Il combine plusieurs procédés, et c'est cette combinaison qui fait sa force.

Il y a d'abord un faux média, décrit par Libération comme un copier-coller de Blast, le site d'information en ligne. Cloner l'apparence d'un média existant est la technique la plus rentable de la désinformation : elle emprunte en quelques minutes une crédibilité que la rédaction imitée a mis des années à construire.

Il y a ensuite un faux Edwy Plenel, et plus largement l'usurpation de noms de journalistes. Ce n'est pas anodin : signer d'un nom connu transforme une affirmation invérifiable en information apparemment attribuée.

Il y a enfin des vidéos truquées. C'est le maillon que la technologie a rendu accessible : produire une séquence où quelqu'un semble dire ce qu'il n'a jamais dit ne demande plus ni moyens ni compétences particulières.

Franceinfo résume la réponse de l'intéressé en trois mots : tout y est faux.

Le calendrier, qui n'a rien d'un hasard

Deux éléments de contexte donnent à cette affaire son poids.

Le premier est la date. Nous sommes à moins d'un an de l'élection présidentielle, et plusieurs rédactions rattachent explicitement l'opération à cette échéance. Glucksmann n'est pas visé comme eurodéputé mais comme candidat possible.

Le second est qu'il n'est pas le premier. Le Figaro rappelle qu'Édouard Philippe a fait l'objet d'opérations de déstabilisation attribuées aux services russes. Deux personnalités que rien ne rapproche politiquement, ciblées par le même procédé, à quelques mois d'intervalle : la logique n'est pas de favoriser un camp mais d'abîmer la crédibilité de plusieurs.

L'intéressé a répondu, selon Sud Ouest, que les sbires du Kremlin n'ébranleraient pas notre démocratie.

Ce que cela dit du moment que nous vivons

Trois remarques, et la dernière nous concerne directement.

La cible réelle n'est pas la personne visée. Une campagne de ce type ne cherche pas à convaincre que Glucksmann aurait fait ceci ou cela. Elle cherche à installer un climat où plus rien n'est vérifiable, où toute information gênante peut être qualifiée de manipulation, et toute manipulation présentée comme une information. Le résultat recherché est l'épuisement du lecteur, pas son adhésion.

La riposte technique arrive, mais elle est partielle. Nous rapportions il y a deux jours l'entrée en application des obligations européennes de transparence sur les contenus générés par intelligence artificielle, qui imposent de signaler images, sons et vidéos de synthèse. Cette affaire montre exactement la limite du dispositif : une opération conduite depuis l'étranger, sur des sites qui n'appliquent pas le droit européen, ne portera aucune mention.

Le réflexe utile est ancien et simple. Devant une vidéo ou un article qui vous scandalise, la question à poser n'est pas « est-ce plausible ? » mais « d'où cela vient-il ? ». Un média cloné se repère à son adresse, une signature usurpée se vérifie en cherchant le journaliste sur le site réel de sa rédaction. Cela prend trente secondes, et c'est précisément ce que ces opérations parient que vous ne ferez pas.