L'information a été révélée par Radio France et reprise ce lundi par l'ensemble de la presse française : des agents des services administratifs du Premier ministre se sont donné la mort, et plusieurs enquêtes ont été ouvertes.

Ce qui est établi

Sur le fond, les rédactions convergent : deux agents se sont suicidés, d'autres ont fait des tentatives, et l'affaire a donné lieu à des enquêtes judiciaires et internes.

Libération rapporte deux suicides et deux tentatives sur sept mois, en citant France Inter. D'autres titres présentent les deux décès comme survenus en un mois, et Le Télégramme fait état, en plus, d'une mort suspecte et d'un signalement adressé à la justice.

Nous ne trancherons pas ces écarts de chronologie, faute d'avoir pu consulter les articles d'origine, tous inaccessibles depuis nos outils. Ce qu'il faut retenir, et qui n'est contesté par aucune rédaction, c'est le fait lui-même : plusieurs morts et tentatives dans un même service, sur une période courte, et une saisine de la justice.

Franceinfo rapporte l'expression employée pour qualifier la situation : une gravité exceptionnelle. Une autre source citée par la presse régionale évoque une radicalité dans le management.

Pourquoi le lieu compte

Ce n'est pas un fait divers administratif, et il faut dire pourquoi.

Les services du Premier ministre ne sont pas le cabinet politique de Matignon. Ce sont les services administratifs qui font fonctionner la machine gouvernementale : logistique, ressources humaines, moyens, sécurité, secrétariat général. Des agents publics de carrière, souvent peu visibles, qui restent en place quand les gouvernements changent.

C'est précisément l'endroit où l'État se regarde travailler. Depuis quinze ans, la puissance publique a produit une doctrine complète sur les risques psychosociaux, imposé des obligations aux employeurs privés, poursuivi des entreprises pour harcèlement moral institutionnel. Le procès France Télécom a établi qu'une organisation du travail pouvait, en elle-même, engager une responsabilité pénale.

Que des enquêtes s'ouvrent aujourd'hui au sommet de l'appareil d'État sur le fondement de ces mêmes catégories est un fait politique, indépendamment de ce qu'elles établiront.

Ce qu'il faut attendre maintenant

Deux temps distincts vont se superposer, et il ne faut pas les confondre.

L'enquête judiciaire cherchera à déterminer s'il existe des infractions caractérisées, harcèlement moral notamment, et si elles ont un lien avec les décès. C'est une démarche longue, contradictoire, et son résultat n'est pas acquis : établir un lien de causalité entre une organisation du travail et un suicide est l'un des exercices les plus difficiles du droit pénal du travail.

Les enquêtes internes, elles, portent sur le fonctionnement du service. Elles peuvent aboutir plus vite, et leurs conclusions dépendront largement de la manière dont elles seront rendues publiques, ou non.

Nous suivrons ce dossier. Nous nous en tiendrons aux éléments confirmés, sans reprendre les hypothèses qui circuleront inévitablement sur les personnes mises en cause, et sans détailler les circonstances des décès.


Si vous êtes en souffrance ou si vous avez des pensées suicidaires, le 3114 est le numéro national de prévention du suicide. L'appel est gratuit, confidentiel, et accessible 24 heures sur 24, sept jours sur sept, partout en France.