Des physalies sont de nouveau signalées dans les eaux du Sud-Ouest. L'avertissement qui accompagne ces signalements est toujours le même, et il mérite d'être expliqué plutôt que répété : ne la touchez jamais.
Ce n'est pas une méduse
Commençons par là, parce que la confusion a des conséquences pratiques.
La physalie n'est pas une méduse mais un siphonophore, c'est-à-dire une colonie : un superorganisme composé de milliers de polypes spécialisés, chacun assurant une fonction, flottaison, capture, digestion ou reproduction. Ce que vous voyez à la surface n'est pas un animal mais une société d'animaux.
Elle se reconnaît à son flotteur translucide de 10 à 30 centimètres, ovale, aux reflets irisés bleu et rose. C'est joli, et c'est exactement le problème : ça ressemble à un sac plastique décoratif ou à un ballon d'enfant, et cela attire la main.
Sous le flotteur pendent les tentacules, qui mesurent en moyenne dix mètres et peuvent atteindre cinquante mètres. Retenez ce chiffre avant tout autre : vous pouvez être piqué à trente mètres du flotteur que vous croyez avoir contourné.
La piqûre
Le venin s'appelle la physalitoxine, et il est délivré par des cellules urticantes réparties le long des tentacules.
La piqûre provoque une douleur intense, accompagnée de douleurs musculaires et parfois de difficultés respiratoires. Environ 10 % des piqûres donnent lieu à une réaction sévère, pouvant aller jusqu'à une crise hémolytique aiguë, c'est-à-dire une destruction des globules rouges. La dose létale pour l'homme est estimée aux alentours de 12 milligrammes.
Un point est capital et presque toujours ignoré : un spécimen échoué reste venimeux pendant des semaines. Le tentacule desséché sur le sable n'est pas un débris inoffensif. C'est même la cause la plus fréquente de piqûre chez les enfants, qui ramassent ce qu'ils trouvent.
Ce qu'il faut faire, et surtout ne pas faire
Voici le point où beaucoup de conseils de plage se trompent, en appliquant à la physalie ce qui vaut pour d'autres espèces.
À ne pas faire : ne mettez pas de vinaigre, ne rincez pas à l'eau douce, et ne frottez pas la zone, ni avec du sable, ni avec une serviette. Ces trois gestes déclenchent la décharge des cellules urticantes restées intactes sur la peau et aggravent l'envenimation.
Ce qu'il faut faire : rincer abondamment à l'eau de mer, retirer les fragments de tentacule à la pince, jamais à main nue, appliquer du froid, et consulter un médecin sans attendre. Devant une détresse respiratoire ou une perte de connaissance, il faut appeler les secours et être prêt à pratiquer une réanimation.
Pourquoi elles arrivent chez nous
La physalie est une espèce des eaux tropicales et subtropicales de l'Atlantique et de l'océan Indien. Elle ne nage pas : son flotteur fait voile, et elle va où le vent et les courants la mènent.
Les côtes européennes en reçoivent régulièrement par ce mécanisme, et les signalements documentés vont de Belle-Île-en-Mer aux côtes belges, en passant par la Catalogne et la Méditerranée. Le réchauffement du Gulf Stream augmente par ailleurs les observations jusqu'en Nouvelle-Écosse.
Autrement dit, un épisode de physalies sur la côte aquitaine n'est pas une invasion mais une conjonction de vents. La conduite à tenir, elle, est invariable : si le drapeau ou le panneau du poste de secours signale leur présence, on ne se baigne pas, et on ne ramasse rien sur le sable.


