Amnesty International remet la coopération migratoire euro-libyenne au banc des accusés. L'organisation estime que l'aide apportée par l'Union européenne aux autorités de Tripoli pour bloquer les départs vers l'Europe revient à une forme de complicité dans des abus systématiques. Une accusation lourde, qui vise directement la stratégie de Bruxelles consistant à externaliser le contrôle de ses frontières.

Ce que dénonce Amnesty

Le reproche central porte sur la chaîne complète du dispositif : argent européen, équipements, formation et surveillance aérienne servant à repérer puis intercepter les embarcations, avant de renvoyer leurs passagers dans un pays où les violations sont documentées depuis des années. Pour Amnesty International, cette assistance facilite « l'interception et le renvoi forcé » de dizaines de milliers de personnes vers des centres de détention en Libye.

Dans son rapport annuel 2026, l'organisation cible aussi les expulsions de masse menées dans l'est du pays par des groupes armés affiliés au maréchal Khalifa Haftar, qui renverraient des migrants vers le Tchad, l'Égypte, le Niger ou le Soudan sans procédure ni possibilité de demander l'asile.

Des chiffres qui s'envolent

Les interceptions en mer n'ont cessé de progresser. Selon le bilan d'Amnesty, les garde-côtes libyens opérant avec l'appui de l'UE dans l'ouest, ainsi que des forces et groupes armés actifs dans l'est, ont intercepté et renvoyé de force au moins 26 940 personnes réfugiées, demandeuses d'asile ou migrantes au cours de l'année écoulée. L'organisation rappelle aussi qu'en août, des garde-côtes libyens ont ouvert le feu sur le navire de sauvetage humanitaire Ocean Viking depuis un bateau financé par l'UE et fourni par l'Italie.

Tous les rescapés ramenés à terre finissent en détention, où plus d'un tiers seraient susceptibles de relever d'une protection internationale (chiffres à recouper — À VÉRIFIER). La traversée, elle, reste meurtrière, avec des dizaines de morts et de disparus recensés chaque année dans les eaux libyennes.

Centres de détention : un système d'abus

Les conditions à l'intérieur de ces centres sont décrites comme effroyables. Les enquêtes d'Amnesty, fondées sur les récits d'anciens détenus, font état de passages à tabac, de violences sexuelles, d'extorsion et de travail forcé. Dans certains établissements, des femmes auraient été violées par des gardiens, d'autres contraintes à des rapports sexuels en échange de leur libération ou de nourriture, comme le documente Amnesty UK.

Les Nations unies ne disent pas autre chose : une enquête onusienne a estimé que ces conditions « pourraient très probablement constituer des crimes contre l'humanité ».

L'argent européen en question

L'enveloppe consacrée par Bruxelles à la Libye est conséquente. L'UE aurait au total mobilisé plusieurs centaines de millions d'euros pour la Libye depuis 2015 sous divers instruments, selon le Conseil de l'UE, dont une part directement destinée à renforcer les capacités d'interception des garde-côtes.

La réponse de Bruxelles

Malgré les appels répétés des ONG, la Commission européenne maintient le cap. Interrogée après une pétition de dizaines d'organisations réclamant l'arrêt du financement, elle a fait savoir qu'elle ne comptait pas changer de ligne, selon Euronews.

Ce statu quo illustre la tension au cœur de la politique migratoire européenne : réduire les arrivées par la sous-traitance du contrôle des frontières, au prix d'un partenariat avec des acteurs que les institutions internationales accusent elles-mêmes de violations graves. Pour Amnesty, l'Europe ne peut plus invoquer l'ignorance.