La guerre des drones a gagné les routes commerciales de la mer Noire. Ces derniers jours, plusieurs navires civils y ont été visés, illustrant la vulnérabilité du corridor maritime par lequel l'Ukraine exporte ses céréales depuis l'effondrement de l'accord parrainé par l'ONU.
Un cargo touché, un marin tué
L'incident le plus grave concerne un cargo battant pavillon panaméen, touché par un drone alors qu'il quittait un port ukrainien. L'attaque a déclenché un incendie à bord et coûté la vie à un membre d'équipage — un cuisinier de nationalité égyptienne, âgé de 58 ans — tandis que deux autres marins étaient blessés, dont un grièvement. Le navire a pu poursuivre sa route.
Le vice-Premier ministre ukrainien Oleksiï Kouleba a imputé l'attaque à des drones russes. Le Panama — premier registre maritime mondial — a confirmé le bilan humain sans désigner de responsable, recommandant aux navires d'éviter les eaux ukrainiennes et russes de la mer Noire et de la mer d'Azov. La Russie n'a pas commenté.
Une série d'incidents rapprochés
Cette frappe n'est pas isolée. Mi-juin, des drones russes avaient déjà touché deux navires sous pavillon étranger — l'un immatriculé à Saint-Kitts-et-Nevis, l'autre au Panama — faisant un mort et plusieurs blessés, selon Euronews. Quelques jours plus tôt, deux autres cargos, chargés de produits métallurgiques et de blé, avaient été endommagés sans faire de victime. Ces événements sont distincts et ne doivent pas être additionnés, mais leur répétition en quelques semaines dessine une tendance préoccupante.
Pourquoi cela compte pour les céréales
Le corridor maritime ouvert par l'Ukraine permet d'acheminer blé, maïs et oléagineux vers les ports roumains du Danube et au-delà. Plusieurs des navires récemment visés se dirigeaient vers Odessa ou Tchornomorsk, ou en repartaient chargés. Pour Kiev, ces frappes répétées sur des bâtiments civils constituent une arme de pression : selon La Libre, les autorités ukrainiennes dénoncent une atteinte à la « liberté de navigation » et à la « sécurité alimentaire mondiale ».
Un risque assurantiel et logistique
Chaque navire touché alourdit la prime de risque pour les armateurs et assureurs opérant en mer Noire. Si la recommandation panaméenne d'éviter la zone était largement suivie, elle pourrait renchérir le fret et compliquer les exportations agricoles ukrainiennes, avec des répercussions possibles sur les cours mondiaux. À ce stade, aucune interruption durable du corridor n'a été constatée, et les bâtiments touchés ont, à chaque fois, pu reprendre leur route. L'attribution formelle des frappes, elle, reste contestée.



