La guerre entre les créateurs et les géants de l'intelligence artificielle gagne un nouveau front. Le groupe d'édition français Hachette, aux côtés d'autres maisons, accuse Google d'avoir « secrètement copié des millions d'œuvres » pour entraîner son IA, et a porté l'affaire devant la justice américaine, rapporte TechCrunch.

Ce qui est reproché à Google

Selon la plainte, déposée devant un tribunal fédéral de New York, Google aurait puisé dans des millions de livres protégés pour nourrir son modèle Gemini, sans jamais demander d'autorisation ni verser de rémunération. Les éditeurs affirment que ces contenus, parfois fournis dans un cadre contractuel limité (comme la consultation en ligne), auraient été détournés de leur usage prévu pour alimenter une machine à générer du texte.

Les plaignants vont plus loin : ils reprochent à l'entreprise d'avoir, dans certains cas, retiré ou altéré les informations de droit d'auteur attachées aux œuvres. Outre Hachette, la procédure réunit d'autres acteurs de l'édition et un auteur, selon Publishing Perspectives. Ils réclament des dommages et intérêts ainsi que l'arrêt de ces pratiques.

La défense classique de l'« usage équitable »

Google, qui n'a pas réagi dans l'immédiat, s'appuie généralement sur la notion de « fair use » (usage équitable) prévue par le droit américain. L'argument : entraîner un modèle sur des contenus existants relèverait d'un usage « transformatif », comparable à un créateur qui s'inspire de ce qu'il a lu ou vu, et non d'une simple copie.

Les éditeurs rejettent cette lecture. Pour eux, le droit d'auteur repose sur une autorisation préalable, et non sur un système où il faudrait signaler après coup son refus d'être exploité. La question, éminemment technique, est au cœur des tensions actuelles : jusqu'où les entreprises d'IA peuvent-elles se servir dans le patrimoine culturel existant pour bâtir des outils commerciaux ?

Une vague de procès mondiale

Cette affaire n'a rien d'isolé. Ces derniers mois, les contentieux se sont multipliés autour de l'IA générative. Le New York Times poursuit ainsi OpenAI depuis fin 2023, l'accusant d'avoir utilisé ses articles sans accord. De son côté, la société Anthropic a accepté un règlement financier de grande ampleur au bénéfice d'auteurs, présenté comme l'un des plus importants du genre aux États-Unis. D'autres géants, comme Meta, font face à des plaintes similaires.

Derrière ces batailles se joue une question de fond, aux répercussions bien réelles pour la France : celle de la juste rémunération des créateurs à l'ère de l'IA. Pour les éditeurs, l'enjeu est existentiel. Laisser prospérer l'idée qu'on peut ingérer des bibliothèques entières sans contrepartie reviendrait, à leurs yeux, à fragiliser toute la chaîne du livre.