Il aura fallu dix minutes d'enchères et sept prétendants pour faire s'envoler le prix. À New York, un squelette de Tyrannosaurus rex baptisé « Gus » a été adjugé 50,1 millions de dollars chez Sotheby's, rapporte CNN. Un montant qui en fait le fossile le plus cher jamais vendu aux enchères.
Un spécimen hors norme
Gus n'est pas un T. rex ordinaire. Découvert dans le Dakota du Sud, aux États-Unis, le squelette est daté d'environ 67 millions d'années. Avec quelque 183 os conservés, il est complet à près de 61 %, une proportion rare pour un animal de cette taille, dont on ne retrouve le plus souvent que des fragments. Long d'une dizaine de mètres, il figure parmi les plus grands T. rex mis au jour.
Son surnom lui vient du propriétaire du ranch où il a été exhumé, Gary « Gus » Licking, mort pendant les fouilles, précise Scientific American. Un détail qui ajoute une note personnelle à ce colosse du Crétacé.
Bien au-delà des estimations
La maison de ventes tablait sur une adjudication comprise entre 20 et 30 millions de dollars. Le résultat final a donc largement dépassé les attentes, porté par la surenchère de plusieurs acheteurs fortunés. L'identité de l'acquéreur, elle, reste inconnue : la vente s'est faite au profit d'un collectionneur anonyme, dont on ignore s'il compte exposer le fossile ou le garder à l'abri des regards.
Ce record efface le précédent, lui aussi établi chez Sotheby's : en 2024, le squelette de stégosaure « Apex » avait été adjugé 44,6 millions de dollars au milliardaire de la finance Ken Griffin. La spirale des prix se poursuit donc, quelques années après la vente du T. rex « Stan » pour près de 32 millions de dollars.
Un malaise chez les scientifiques
Ces montants vertigineux ne réjouissent pas tout le monde. Chez les paléontologues, chaque fossile exceptionnel vendu à un particulier ravive une même inquiétude : celle de voir ces pièces disparaître du champ de la recherche. Un spécimen aussi complet que Gus représente une mine d'informations, à condition d'être accessible aux scientifiques pour être étudié, scanné, comparé.
Or rien ne garantit qu'un acheteur privé ouvrira sa collection aux chercheurs. Certains redoutent aussi que la flambée des prix n'encourage une chasse aux fossiles plus intensive, au détriment de sites précieux. Derrière le spectacle des enchères se joue ainsi une question de fond : à qui appartient le patrimoine naturel, et faut-il pouvoir vendre au plus offrant des vestiges vieux de dizaines de millions d'années ?



