La mode française tient son mouvement de l'été. Olivier Rousteing, l'un de ses créateurs les plus en vue, a pris ses fonctions de directeur artistique de Rabanne, la maison espagnole passée dans le giron du groupe catalan Puig. Sa prise de poste est effective depuis le 6 juillet, selon l'annonce relayée par l'AFP.

Un départ, une arrivée

Le calendrier de Rousteing s'est éclairci fin 2025, quand il a mis un terme à près de quatorze ans passés à la tête de Balmain. Entré dans la maison parisienne en 2011 alors qu'il n'avait que 25 ans, il en avait fait, au fil des collections, une marque très identifiable, tournée vers le spectacle, les célébrités et les réseaux sociaux. Ce long chapitre refermé, restait à savoir vers quelle maison il se tournerait.

La réponse est donc Rabanne, où il remplace Julien Dossena. Ce dernier, créateur français de 43 ans, a quitté ses fonctions après treize années pendant lesquelles il avait dépoussiéré l'héritage de la maison sans en trahir les codes. Le passage de relais se fait donc entre deux stylistes français, sur une marque fondée par un Espagnol.

L'ombre du fondateur

Car Rabanne, c'est d'abord l'histoire de Francisco Rabaneda Cuervo, plus connu sous le nom de Paco Rabanne, disparu en 2023. Le couturier avait bâti dans les années 1960 une réputation d'avant-gardiste, avec ses robes de métal, ses assemblages de plastique et de matériaux inhabituels, loin du tissu classique. La maison a d'ailleurs abrégé son nom en « Rabanne » ces dernières années, signe d'une volonté de moderniser son image tout en s'appuyant sur ce patrimoine.

Reprendre une telle maison n'a rien d'anodin. Il faut composer avec des codes forts, une identité futuriste immédiatement reconnaissable, et une clientèle qui attend à la fois de la fidélité et du renouvellement. Dans un entretien accordé à WWD, Rousteing a dit son émotion à l'idée de toucher aux archives de la maison et sa volonté d'en prolonger l'esprit plutôt que de le remplacer.

Un premier rendez-vous en mars

Le public jugera sur pièces au printemps. Rousteing doit présenter une collection pré-automne dès novembre, puis son premier véritable défilé dans le cadre de la Semaine de la mode de Paris, en mars 2027. Un délai serré pour un créateur qui doit à la fois s'imprégner d'un vocabulaire stylistique nouveau et imposer sa signature.

Au-delà du cas Rousteing, cette nomination illustre le jeu de chaises musicales permanent qui agite le luxe. Les grandes maisons cherchent des directeurs artistiques capables de dialoguer avec un héritage tout en parlant au présent. Reste à voir si la rencontre entre l'univers très pop de Rousteing et la rigueur futuriste de Rabanne produira une étincelle, ou un simple ajustement de façade.