Elles dominent le paysage, accrochées à leurs pitons rocheux. Les célèbres citadelles du sud de la France, comme Peyrepertuse, Quéribus ou Montségur, pourraient bientôt être classées au patrimoine mondial de l'Unesco. Mais elles ne seront plus désignées comme « cathares », rapporte franceinfo.

Un nom qui change

Exit, donc, l'appellation touristique de « châteaux cathares », popularisée depuis des décennies. Le dossier de candidature à l'Unesco réunit ces forteresses sous une autre bannière : celle de « Forteresses royales du Languedoc », selon la présentation officielle.

Ce changement de nom n'est pas qu'une affaire de communication. Il traduit une volonté de coller à la vérité historique, quitte à bousculer un imaginaire bien installé.

Des forteresses royales, pas cathares

C'est là tout le cœur du sujet. Contrairement à ce que suggère l'étiquette « cathare », ces citadelles, telles qu'on les voit aujourd'hui, n'ont pas été construites par les cathares, ces chrétiens dissidents pourchassés au Moyen Âge lors de la croisade contre les albigeois.

Comme le rappellent les historiens, la plupart de ces places fortes ont été (re)bâties ou profondément remaniées après cette croisade, au XIIIe siècle, par le pouvoir royal français, soucieux de tenir cette région nouvellement rattachée et de surveiller la frontière avec le royaume d'Aragon. Ces murailles racontent donc moins la résistance hérétique que l'affirmation de l'État royal dans le Sud.

L'appellation « château cathare », séduisante et romanesque, relève ainsi d'un raccourci, longtemps entretenu par le tourisme, mais contesté par les spécialistes.

Un débat sensible en Occitanie

Ce recadrage historique ne va pas de soi localement. En Occitanie, la mémoire cathare est un puissant marqueur d'identité, et l'étiquette « pays cathare » structure depuis longtemps l'offre touristique de la région. Abandonner le mot ne fait donc pas l'unanimité, et le sujet a suscité des réserves parmi ceux qui y voient une part de leur héritage.

Un équilibre délicat se dessine : concilier la rigueur scientifique, à laquelle l'Unesco est attachée, et l'attachement des habitants à un récit fondateur.

Un joyau paysager

Au-delà des mots, ces forteresses valent surtout par ce qu'elles offrent : un spectacle saisissant. Perchées à flanc de falaise, dans des décors vertigineux de l'Aude et de l'Ariège, elles forment un ensemble d'une rare beauté, où l'architecture militaire épouse la géologie.

C'est cette valeur patrimoniale et paysagère, autant que leur intérêt historique, que met en avant la candidature.

Un enjeu pour toute une région

Une inscription à l'Unesco serait, pour l'Occitanie, une formidable reconnaissance, et un atout touristique majeur. Loin d'effacer la fascination pour l'aventure cathare, elle pourrait au contraire l'enrichir, en distinguant clairement la légende et l'Histoire.

Cathares dans les cœurs, royales dans les faits : quel que soit le nom retenu, ces citadelles continueront, elles, de veiller sur les hauteurs du Languedoc, témoins de pierre d'une époque charnière de l'histoire de France.