L'été des festivals a un goût amer. La canicule a contraint plusieurs événements musicaux à annuler ou à s'adapter, suscitant colère et inquiétude dans le secteur, rapporte Le Monde.
Des annulations sous le signe de la sécurité
Face à des températures extrêmes et à la vigilance rouge, des arrêtés préfectoraux ont conduit à l'annulation de plusieurs rassemblements de plein air. Le grand festival parisien Solidays a notamment dû renoncer à une partie de son édition, tout comme d'autres événements ailleurs en France.
La raison invoquée est la sécurité : réunir des milliers de personnes sous une chaleur écrasante, avec un risque de malaises et des secours déjà sous tension, fait courir un danger réel au public comme aux équipes. Un choix compréhensible, mais lourd de conséquences.
Un coup dur financier
Car pour les organisateurs, l'annulation se paie cash. Solidays, dont les recettes financent en grande partie la lutte contre le sida, a chiffré sa perte à plusieurs millions d'euros, rapporte Public Sénat. Un manque à gagner qui met en péril, au-delà du festival lui-même, les causes qu'il soutient.
À l'échelle du pays, ces annulations en cascade représentent des pertes importantes, qui touchent aussi toute une chaîne : artistes, techniciens, hôtels, restaurants, commerces. Sans oublier la billetterie à rembourser.
L'épineuse question de l'assurance
À cela s'ajoute un problème de fond : l'assurance. Beaucoup de festivals ne sont pas, ou mal, couverts contre un aléa comme la canicule, encore rare il y a peu. Résultat, ils encaissent seuls le choc, et certains redoutent, à terme, de ne plus pouvoir trouver de couverture à un coût soutenable. De quoi menacer la survie même d'événements installés de longue date.
D'où la colère exprimée par une partie du secteur, qui réclame plus de soutien et un cadre plus clair de la part des pouvoirs publics.
S'adapter, mais comment ?
Face à ce qui n'est plus un accident isolé mais une tendance, les festivals cherchent des parades. Plusieurs pistes sont expérimentées : multiplication des points d'eau et des brumisateurs, création de zones d'ombre, décalage des concerts vers la soirée pour fuir les heures les plus chaudes, scènes couvertes et ventilées.
Certains vont plus loin, en s'interrogeant sur la saisonnalité même des événements : et s'il fallait, demain, repenser le calendrier estival pour éviter les pics de chaleur ?
Un débat qui ne fait que commencer
Au fond, la canicule pose au monde de la culture une question qu'il ne pourra plus éluder : comment continuer à faire la fête, dehors, en plein été, dans un climat qui se dérègle ?
Entre impératif de sécurité, fragilité économique et attachement du public à ces grands rendez-vous populaires, le secteur devra inventer les festivals de demain. Un défi de taille, pour préserver ces moments de communion qui font, chaque été, une part de la vie culturelle française.



