Un mot un peu savant, une réalité très concrète. La bibliodiversité, c'est la diversité du livre, et les librairies indépendantes en sont les gardiennes, comme le rappelle Le Monde.
La bibliodiversité, qu'est-ce que c'est ?
Le terme désigne la variété de la production éditoriale, explique le Syndicat de la librairie française : non pas seulement les grands succès du moment, mais aussi les romans d'auteurs peu connus, les essais de petites maisons, la poésie, les livres de fonds qui ne feront jamais la une, mais qui trouvent, un à un, leurs lecteurs.
Cette richesse repose sur tout un écosystème : des éditeurs indépendants qui prennent le risque de publier des œuvres singulières, et des libraires qui leur font une place sur leurs tables et leurs rayons. C'est cette chaîne, fragile, qui permet à des voix minoritaires d'exister.
Le libraire, un prescripteur irremplaçable
Dans ce paysage, le libraire de quartier joue un rôle qu'aucun algorithme ne remplace vraiment. Il lit, il conseille, il découvre avant les autres, il défend un titre parce qu'il y croit. C'est lui qui provoque la rencontre entre un lecteur et un livre qu'il ne cherchait pas, mais qui l'attendait.
La France dispose, à cet égard, d'un réseau de librairies particulièrement dense, en grande partie grâce à un dispositif ancien : la loi Lang de 1981 sur le prix unique du livre, qui interdit de brader les ouvrages et protège ainsi les petits commerces face aux rabais massifs. Plus récemment, l'encadrement des frais de port pour les livres achetés en ligne est venu compléter cette protection, pour ne pas laisser la vente à distance écraser les librairies physiques.
Des menaces bien réelles
Mais ces garde-fous ne suffisent pas à écarter toutes les difficultés. La vente en ligne capte une part croissante du marché et tend à concentrer les achats sur une poignée de best-sellers, au détriment de la diversité. À cela s'ajoutent des contraintes très matérielles pour les librairies : marges étroites, hausse des loyers, coûts qui grimpent.
Résultat, la profession vit sous tension, et l'équilibre, souvent, tient à peu de choses. Chaque librairie qui ferme, c'est un point de diffusion en moins pour les livres qui ne se vendent pas tout seuls.
Ce qui résiste
Pour autant, le combat n'a rien de perdu. De nouvelles librairies ouvrent, portées par des passionnés qui misent sur l'animation, les rencontres d'auteurs, la création de véritables lieux de vie. Les pouvoirs publics, de leur côté, soutiennent le secteur par diverses aides. Et surtout, une part du public reste attachée à ces espaces, à leur atmosphère, au conseil humain qu'on n'y trouve nulle part ailleurs.
Car une librairie n'est pas un commerce comme un autre : c'est un lieu de lien social, de hasard heureux, de curiosité partagée. On y entre pour un titre, on en ressort avec trois autres, dénichés au fil des tables.
Un choix de société
Défendre la bibliodiversité, au fond, c'est faire un choix : celui de préserver la diversité, la surprise, la lenteur, contre l'uniformisation. C'est soutenir non seulement des libraires, mais aussi les auteurs discrets et les éditeurs audacieux qui, sans eux, resteraient invisibles.
À l'heure du clic et de la recommandation automatisée, ces petites boutiques rappellent une évidence : lire, c'est d'abord une aventure humaine. Et il serait dommage de la laisser se réduire à une liste des ventes.



