À Marseille, on ne dit pas « une pizza ». On dit, souvent, « une moit-moit ». Derrière ce nom chantant se cache une spécialité locale à part entière, comme le raconte Le Parisien.

Le principe : moitié-moitié

Le nom dit tout. « Moit-moit », c'est moitié-moitié : une pizza séparée en deux, avec, sur chaque part, une garniture différente. La version classique associe une moitié fromage (généralement de l'emmental, bien fondant) et une moitié anchois, avec, souvent, une pointe d'ail ou de tomate, détaille le site culinaire 750g.

Le principe est aussi simple que malin : pourquoi choisir, quand on peut avoir les deux ? La moit-moit permet de contenter deux envies, ou deux convives, sur une même pizza. Une philosophie très marseillaise du « tout, tout de suite ».

Un héritage napolitain… revisité

Cette pizza n'est pas tombée du ciel. Elle plonge ses racines dans l'histoire de l'immigration napolitaine, qui a profondément marqué Marseille. Les familles venues du sud de l'Italie ont apporté avec elles la tradition de la pizza, que la cité phocéenne s'est ensuite appropriée à sa façon.

Car la pizza marseillaise n'a jamais eu la rigueur de sa cousine napolitaine. Ici, on adapte, on invente, on garnit selon les goûts et les produits locaux. La moit-moit, avec son emmental là où la Naples officielle mettrait de la mozzarella, en est le symbole : un métissage assumé, à mi-chemin entre l'Italie et la Provence.

La star des camions à pizza

Impossible de parler de la moit-moit sans évoquer les fameux camions à pizza, institution marseillaise s'il en est. Postés au coin des rues, ils font partie du décor et du rituel : on s'y arrête, on discute, on repart avec sa part encore chaude.

C'est là, autant que dans les pizzerias, que se transmet le goût de la moit-moit, de génération en génération. Un en-cas populaire, sans chichi, ancré dans le quotidien des habitants.

Une affaire d'identité

Demandez à un Marseillais s'il préfère le côté fromage ou le côté anchois : vous risquez de le mettre dans l'embarras. Et c'est bien là tout le sel de la moit-moit. Plus qu'une recette, elle dit quelque chose d'une ville : généreuse, populaire, fière de ses mélanges, et allergique aux choix trop tranchés.

Alors, si vous passez par Marseille, tentez l'expérience. Vous ne mangerez pas seulement une pizza : vous goûterez, en deux moitiés, un petit morceau de l'âme de la cité phocéenne. Et il y a fort à parier qu'ensuite, vous aussi, vous la demanderez « moit-moit ».