Le grand chantier fluvial du nord de la France cristallise les tensions. Ce week-end, dans le Pas-de-Calais, des opposants au canal Seine-Nord Europe ont manifesté pour dénoncer un projet qu'ils jugent coûteux et destructeur pour l'environnement. Le cortège s'est scindé en deux, rapporte Le Progrès.
Une mobilisation encadrée
La manifestation, portée par un ensemble de collectifs écologistes, de paysans et de militants, a réuni plus d'un millier de personnes selon les organisateurs, un chiffre revu à la baisse par d'autres estimations. Elle s'inscrit dans plusieurs jours d'actions organisées contre le projet.
Le rassemblement s'est tenu sous une forte présence policière, les préfectures du Nord et du Pas-de-Calais ayant encadré strictement le parcours afin de tenir les manifestants à distance des zones de chantier. C'est en partie ce dispositif, et le désaccord sur l'itinéraire, qui a conduit le cortège à se diviser en deux groupes.
Un projet fluvial d'ampleur
Le canal Seine-Nord Europe est l'un des plus grands chantiers d'infrastructure en cours en France. Long d'un peu plus de 100 kilomètres, il doit relier le bassin de la Seine, au niveau de l'Oise, au réseau fluvial du Nord et, au-delà, à la Belgique et aux Pays-Bas. Objectif affiché : développer le transport de marchandises par voie d'eau, moins émetteur que le camion, et désenclaver la région.
Son coût, plusieurs fois réévalué à la hausse, se chiffre désormais en milliards d'euros, et l'achèvement des travaux est attendu au tournant de la prochaine décennie. Un investissement colossal, défendu par ses promoteurs comme un levier économique et écologique.
L'eau et la terre au cœur de la contestation
Les opposants, eux, dressent un tout autre tableau. Ils dénoncent l'artificialisation de terres agricoles, l'impact sur les nappes et les cours d'eau, et une consommation d'eau qu'ils jugent difficilement soutenable à l'heure des sécheresses à répétition. Sur les banderoles, un slogan résume leur crainte : de l'eau « pour la vie, pas pour les profits ».
Pour ces collectifs, le canal profiterait surtout à un modèle agro-industriel et logistique, au détriment des habitants et des écosystèmes locaux. Ils réclament, sinon l'abandon du projet, du moins une remise à plat de son bilan environnemental.
Un dossier qui va durer
Entre les partisans, qui y voient une chance pour l'emploi et le report modal, et les opposants, qui redoutent une fuite en avant écologique, le canal Seine-Nord Europe s'installe durablement dans le débat public du nord de la France.
La mobilisation de ce week-end, malgré son cortège divisé, montre que la contestation ne faiblit pas à mesure que le chantier avance. Un bras de fer appelé à se poursuivre, au rythme des travaux comme des saisons sèches.



