Un rival surgi d'Asie
Pendant des décennies, l'équation était simple : le foie gras, c'était la France, son Sud-Ouest, ses éleveurs du Périgord et des Landes. Mais un concurrent inattendu bouscule ce quasi-monopole. La Chine, qui ne produisait qu'environ 2 000 tonnes il y a dix ans, en aurait fabriqué près de 14 000 tonnes en 2024, soit une multiplication par sept. La France, elle, affiche un peu plus de 15 000 tonnes, en léger recul. L'écart, jadis infranchissable, s'est réduit à quelques milliers de tonnes.
Le Shandong, nouvel atelier du canard gras
Cette montée en puissance n'a rien d'un hasard. Dans la province du Shandong, le comté de Linqu concentre l'essentiel de la production chinoise. Fermes industrialisées, subventions publiques et main-d'œuvre bon marché ont permis une montée en cadence rapide, avec des prix très inférieurs à ceux pratiqués en France. Plusieurs producteurs chinois affichent désormais ouvertement leurs ambitions à l'export.
La grippe aviaire, talon d'Achille français
La filière française sort à peine d'une série de crises sanitaires dévastatrices. Les épizooties de grippe aviaire successives ont ravagé les élevages du Sud-Ouest, faisant chuter la production à des niveaux historiquement bas avant un rebond porté par la vaccination. Le moment est mal choisi pour voir émerger un rival à l'autre bout du monde. Côté exportations, la France avance déjà avec des contraintes — certains marchés, comme le Japon, restant fermés pour raisons sanitaires —, même si l'excédent commercial du secteur a progressé en 2025.
L'image contre le volume
Face à cette offensive, la stratégie française mise sur la différenciation : labels géographiques, IGP, Label Rouge, savoir-faire. L'argument porte sur le haut de gamme. Mais sur les segments intermédiaires et les marchés émergents d'Asie et du Moyen-Orient, là où le foie gras chinois progresse, la France est plus vulnérable. Le risque, pour la filière, n'est pas seulement de perdre son titre de premier producteur mondial : c'est de voir un savoir-faire séculaire grignoté, marché après marché, par un pays qui n'a mis qu'une décennie à apprendre à gaver.



