« Qui viendrait marcher avec des inconnus ? »
La question prête à sourire, et pourtant : à Paris, des clubs de marche urbaine réunissent chaque semaine des dizaines de participants, souvent jeunes, venus partager une heure de balade gratuite à travers la ville avant de finir dans un café. Le principe est délibérément « loin de toute notion de performance » : pas de chrono, pas de niveau requis, juste bouger et parler. Les places, annoncées sur les réseaux sociaux, partent parfois en quelques minutes. Une version douce du running club, où l'essoufflement n'est pas le but.
Un mal qui frappe surtout les jeunes
Le phénomène émerge dans un contexte préoccupant. Selon l'étude Solitudes de la Fondation de France, la solitude ne touche plus d'abord les personnes âgées mais les jeunes : plus d'un jeune actif sur trois déclare se sentir seul régulièrement, soit bien davantage que les plus de 60 ans. Le Baromètre Astrée-IFOP confirme ce renversement générationnel, héritage silencieux de la crise sanitaire. La part de Français en situation de solitude chronique a progressé ces dernières années.
Marcher plutôt que scroller
Face à ce constat, les clubs de marche offrent une alternative à deux écueils bien identifiés : les applications de rencontre, jugées superficielles, et les sorties nocturnes arrosées, que les nouvelles générations délaissent. La marche présente en outre un atout social : côte à côte et en mouvement, la conversation vient plus naturellement qu'en face-à-face. Le phénomène n'est pas propre à la France — des groupes similaires ont essaimé à Londres et ailleurs, portés par les réseaux sociaux, comme le racontait Refinery29.
Un lien à construire, pas à consommer
Ce qui distingue ces clubs, c'est leur caractère non transactionnel : on ne paie pas, on ne suit pas un cours, on apporte simplement sa présence. Chacun repart avec une conversation, parfois un numéro. La formule, simple à reproduire, répond visiblement à un besoin que ni les applis ni les salles de sport n'ont su combler : le désir banal, et pourtant de plus en plus rare, de marcher à côté de quelqu'un qu'on ne connaissait pas encore.



