Une étape spectaculaire en Ontario

Au Canada, le chantier du premier petit réacteur modulaire (SMR) du monde occidental vient de franchir un cap décisif. À Darlington, en Ontario, Ontario Power Generation a installé le socle du bâtiment réacteur — une lourde structure d'acier et de béton descendue à une trentaine de mètres de profondeur, comme l'a rapporté World Nuclear News. Pour les constructeurs de centrales, la pose de cette fondation marque le vrai départ du génie civil. La construction avait été autorisée en 2025 par l'autorité de sûreté canadienne.

Le BWRX-300, un réacteur compact et simplifié

Le réacteur retenu est le BWRX-300 de GE Vernova Hitachi : un réacteur à eau bouillante d'une puissance de 300 mégawatts électriques, soit environ un cinquième d'un grand réacteur classique. Il mise sur des systèmes de sûreté passifs et sur une conception modulaire, pensée pour être assemblée rapidement sur le chantier afin de réduire coûts et délais. Une unité peut alimenter de l'ordre de 300 000 foyers ; OPG en prévoit quatre à terme, avec une mise en service du premier visée vers 2030.

La France encore au stade du dessin

De l'autre côté de l'Atlantique, EDF peaufine encore ses plans. Le projet français, Nuward, est un réacteur à eau pressurisée d'une puissance cible d'environ 400 MWe, développé avec Framatome et le CEA. Mais le projet a connu un coup d'arrêt en 2024 : EDF a décidé de revoir en profondeur une conception jugée trop ambitieuse, repoussant le calendrier. La revue de sûreté, menée avec plusieurs autorités européennes, n'est pas achevée, et la construction n'est pas attendue avant la fin de la décennie.

Une leçon de stratégie industrielle

L'écart est largement structurel. Le Canada a fait le choix d'une technologie déjà éprouvée, construite sur l'expérience mondiale des réacteurs à eau bouillante ; la France a préféré concevoir un réacteur maison, avec toutes les ambitions industrielles que cela suppose — mais aussi tous les aléas de conception et de réglementation. Pour les partisans du nucléaire, l'exemple canadien est à la fois un encouragement et un avertissement : dans la course à la décarbonation, partir d'une base validée peut valoir plusieurs années d'avance.