L'Égypte avait fait du gaz l'un des piliers de son ambition régionale. Dotée des deux seules usines de liquéfaction de Méditerranée orientale, le pays se rêvait en hub gazier exportant vers l'Europe. Ce scénario s'est inversé : Le Caire est aujourd'hui un importateur net de gaz naturel liquéfié (GNL), contraint de payer cher pour éclairer ses villes et faire tourner ses usines.
D'exportateur à importateur en deux ans
Le retournement est brutal. Selon l'Agence américaine d'information sur l'énergie (EIA), la balance gazière égyptienne est passée d'un excédent à un déficit, sous l'effet de difficultés techniques affectant ses gisements offshore. La production nationale annuelle serait tombée d'environ 59 milliards de mètres cubes en 2023 à quelque 42 milliards en 2025, tandis que les importations bondissaient pour atteindre un record en 2025 (chiffres À VÉRIFIER).
Le symbole de ce déclin porte un nom : Zohr. Découvert en 2015, le plus grand gisement offshore du pays assurait environ 30 % de la production nationale. Mais son débit a fortement reculé depuis son pic de 2019, rapporte l'Ecofin Agency.
Demande galopante et coupures d'électricité
Deux dynamiques se conjuguent : une production en chute et une demande intérieure qui grimpe depuis une décennie. Le secteur électrique égyptien dépend à plus de 80 % du gaz, ce qui rend toute défaillance d'approvisionnement immédiatement visible. Les étés récents ont été marqués par des coupures de courant à répétition, vécues comme une humiliation politique. Pour y parer, Le Caire a affrété plusieurs unités flottantes de stockage et de regazéification afin d'augmenter sa capacité d'importation de GNL, selon S&P Global.
Le gaz israélien, béquille devenue stratégique
Incapable de combler seule le déficit, l'Égypte se tourne vers son voisin. En 2025, des partenaires égyptiens ont conclu avec les exploitants du champ israélien Leviathan un vaste accord pour accroître les importations de gaz israélien. Cette dépendance est aussi un risque : les interruptions de livraison, lors des tensions régionales, ont déjà mis sous pression le réseau électrique égyptien, comme le souligne la presse spécialisée (OilPrice). Les volumes mensuels précis restent à confirmer (À VÉRIFIER).
Réinvestir dans le gaz, miser sur le mix
La réponse du Caire est double. D'un côté, relancer la production domestique : de nouveaux puits sont forés sur Zohr pour ralentir le déclin, même si leur apport reste modeste. De l'autre, diversifier le mix énergétique. Le pays vise au moins 42 % d'électricité d'origine renouvelable et propre à l'horizon 2030, en s'appuyant sur ses ressources solaires et éoliennes. Pierre angulaire de cette stratégie : la centrale nucléaire d'El-Dabaa, construite par le russe Rosatom, d'une capacité prévue de 4 800 MW, dont le raccordement au réseau est attendu à partir de 2026, selon la World Nuclear Association.
Reste une équation délicate : importer du GNL au prix fort pour tenir aujourd'hui, tout en finançant simultanément le gaz, le nucléaire et le renouvelable pour s'affranchir demain. Pour l'Égypte, la sécurité énergétique est devenue une question de souveraineté autant que de facture.



