Le change fait partie de ces dépenses qu'on ne compte pas. On part en vacances, on change deux cents euros en arrivant à l'aéroport parce que c'est pratique, et on ne saura jamais combien cette commodité a coûté. La réponse est pourtant chiffrable, et elle est désagréable.
Deux fois moins d'argent, pour la même somme
Une équipe de France 2 a comparé, en caméra discrète, les taux pratiqués dans un aéroport parisien et ceux d'un bureau du centre-ville. Les écarts relevés par l'enquête diffusée au 20 heures sont considérables.
Pour 43 euros changés en yens à l'aéroport, l'équipe a reçu 5 000 yens, là où le taux moyen du marché en aurait donné environ 8 000. Pour 40 euros en dirhams marocains, le bureau d'aéroport a rendu 220 dirhams, contre 400 dans Paris. Soit, sur cette opération, presque le double d'argent en poche selon l'endroit où l'on pousse la porte.
Où se cache la marge
Le mécanisme est simple et parfaitement légal. Les établissements autorisés à changer des devises ne sont pas tenus d'appliquer le taux officiel : ils peuvent y ajouter une marge commerciale, des frais, ou les deux. Cette marge, appelée « spread », est intégrée au taux affiché. Vous ne la voyez donc jamais apparaître comme une ligne de coût.
C'est ce qui rend la mention « 0 % de commission », courante sur les vitrines, si trompeuse. Elle est peut-être exacte : il n'y a pas de commission. Le prestataire se rémunère ailleurs, sur le taux lui-même.
Reste la question du lieu. Un bureau situé après les portiques d'un aéroport paie un loyer sans rapport avec celui d'une boutique de quartier, et fait face à une clientèle captive qui n'ira pas comparer. Les deux facteurs poussent dans le même sens.
Le piège le plus coûteux n'est pas au comptoir
Il est sur le terminal de paiement, à l'étranger, quand un écran vous propose de régler en euros plutôt que dans la monnaie locale. Le geste paraît rassurant, puisqu'on sait tout de suite ce qu'on paie. C'est précisément là qu'on perd le plus.
Ce mécanisme s'appelle la conversion dynamique de devise, ou DCC. En l'acceptant, vous retirez la conversion à votre banque pour la confier au prestataire du commerçant, qui applique son propre taux. Selon l'AFUB, la marge prise à cette occasion se situe le plus souvent entre 3 et 8 %, pour un surcoût moyen de 5 à 6 % par rapport à un paiement en monnaie locale, certains opérateurs allant jusqu'à 12 %.
Et cette marge ne remplace pas les frais éventuels de votre propre carte : elle s'y ajoute.
Le réflexe à retenir tient en une phrase : choisissez toujours la monnaie du pays où vous vous trouvez. Sur un distributeur comme sur un terminal de paiement, refusez la conversion en euros. C'est le conseil de cet article qui vous rapportera le plus, et il ne vous coûte rien.
Et votre carte bancaire ?
À l'intérieur de la zone euro, la question ne se pose pas : la réglementation européenne impose que les paiements en euros vers un autre pays de la zone soient facturés comme les paiements nationaux.
Hors zone euro, tout dépend de votre établissement. Le coût se décompose généralement en une commission proportionnelle au montant et, sur les retraits, en frais fixes par opération. Les écarts entre banques traditionnelles, banques en ligne et néobanques sont importants, et la seule façon d'y voir clair est de regarder votre propre brochure tarifaire avant de partir. Les comparateurs spécialisés comme Mes Frais Bancaires permettent de se faire une idée des ordres de grandeur, mais ils ne remplacent pas les conditions de votre contrat.
Ce qu'il faut faire, dans l'ordre
Si vous partez cet été, voici la marche à suivre.
Avant le départ, vérifiez les frais de votre carte hors zone euro, commission et frais fixes compris. Emportez éventuellement une petite somme en devises pour les premières heures, changée en ville et non à l'aéroport.
Sur place, retirez dans un distributeur bancaire plutôt que dans un automate de change, en une ou deux fois plutôt qu'en dix, pour amortir les frais fixes. Payez par carte quand c'est possible. Et à chaque fois qu'un écran vous propose de payer en euros, refusez.
Enfin, gardez vos reçus. Le surcoût d'une conversion dynamique n'apparaît pas comme tel sur le relevé, il est fondu dans le montant : c'est ce qui le rend indolore, et c'est ce qui le rend efficace.



