C'est un nouveau front dans la bataille entre les plateformes de streaming et la politique culturelle française. Netflix, Prime Video et Disney+ contestent l'obligation de « flécher » vers l'animation une partie de leurs financements de la création, rapporte Le Monde.

Financer la création, une obligation en France

En France, les grandes plateformes de vidéo à la demande ne se contentent pas de diffuser : elles sont tenues de réinvestir une part de leurs revenus réalisés dans l'Hexagone dans la production d'œuvres françaises et européennes. Ce système, qui applique aux services étrangers des règles proches de celles des chaînes traditionnelles, vise à soutenir la création nationale face à la puissance de frappe des géants mondiaux.

Au sein de ces obligations, une disposition oriente spécifiquement une fraction des investissements vers l'animation, considérée comme un secteur à part, à préserver.

Pourquoi les plateformes protestent

C'est précisément ce « fléchage » que contestent les trois plateformes. Pour elles, l'obligation d'affecter une part définie à l'animation constitue une contrainte trop rigide et trop coûteuse, alors qu'elles préféreraient garder la main sur la répartition de leurs investissements.

Face à un dispositif qu'elles jugent défavorable, les plateformes disposent de plusieurs leviers, dont la possibilité de porter le contentieux devant la justice administrative, comme elles l'ont déjà fait par le passé sur d'autres aspects de la réglementation audiovisuelle française.

L'animation française, une filière à défendre

De l'autre côté, la filière de l'animation française, longtemps citée comme un fleuron reconnu à l'international, plaide pour le maintien de ce soutien. Le secteur traverse une période difficile, marquée par des tensions économiques et par le recul de certains financeurs historiques. Pour ses défenseurs, l'obligation faite aux plateformes est un moyen d'assurer un flux de commandes vital à sa survie.

Les pouvoirs publics et le Centre national du cinéma (CNC), garants de ce modèle de financement, se retrouvent donc arbitres d'un conflit qui dépasse la seule animation. Il pose une question de fond : jusqu'où la France peut-elle imposer aux géants mondiaux du streaming de contribuer à sa création, et selon quelles règles ?

De la réponse à ce bras de fer dépendra, en partie, l'avenir d'un secteur créatif que le pays revendique comme un atout, à l'heure où l'audiovisuel se joue de plus en plus à l'échelle des plateformes.