C'est le paradoxe d'une usine qui n'a jamais autant produit, et qui pourtant tremble pour son avenir. Aux Forges de Tarbes, dans les Hautes-Pyrénées, seul site français à fabriquer les corps d'obus de 155 mm destinés au canon Caesar, l'inquiétude domine, rapporte Franceinfo.
Une usine relancée par la guerre
Longtemps en sommeil, ce site historique a été spectaculairement relancé par la guerre en Ukraine, rappelle Europe 1. Face à l'explosion des besoins en munitions et à la volonté européenne de réarmer, les commandes se sont envolées : la production a été multipliée dans des proportions considérables, et les effectifs ont fortement augmenté, avec l'embauche et la formation en urgence de nouveaux salariés.
En quelques années, l'usine est ainsi passée d'une activité marginale à un rythme soutenu, devenant un maillon clé de l'effort de production d'obus, en France comme pour l'Ukraine.
Mais un propriétaire en difficulté
Le problème ne vient pas du carnet de commandes, mais du sommet de l'entreprise. Le groupe propriétaire du site traverse de sérieuses difficultés financières et cherche à se séparer de son activité de défense, dont font partie les Forges de Tarbes. De quoi faire craindre, pour les salariés, une reprise incertaine, une réorganisation, voire des suppressions d'emplois.
Autrement dit, un site jugé stratégique pour la souveraineté française pourrait changer de main au gré des aléas d'une gestion privée fragilisée, sans que l'État ne détienne les leviers pour en garantir la pérennité.
« Que fait l'État ? »
C'est tout le sens de la question posée sur place : « Que fait l'État ? » Alors que les responsables politiques parlent d'« économie de guerre » et érigent la production de munitions en priorité nationale, salariés et élus locaux réclament une intervention pour sécuriser l'avenir de l'usine.
Le dossier illustre une tension de fond : la France veut réarmer et retrouver une autonomie de production, mais une partie de son outil industriel de défense reste dépendante de la santé financière d'acteurs privés. Entre discours souverainiste et réalités économiques, l'avenir des Forges de Tarbes apparaît comme un test grandeur nature de la capacité de l'État à protéger ses sites stratégiques.



