Des molécules qui ne disparaissent jamais

On les appelle les « polluants éternels », et le surnom est mérité. Les PFAS (substances per- et polyfluoroalkylées) forment une famille de plusieurs milliers de composés synthétiques, prisés pour leur résistance à la chaleur, aux graisses et à l'eau — on les retrouve dans les poêles antiadhésives, les emballages, les textiles imperméables ou les mousses anti-incendie. Leur problème : ils ne se dégradent quasiment pas, ni dans l'environnement, ni dans l'organisme, où ils s'accumulent. Les études les associent à des cancers, des perturbations hormonales et des atteintes au système immunitaire.

Une loi, une redevance

La loi du 27 février 2025 visant à protéger la population des PFAS marque un tournant : elle fixe une trajectoire de réduction des rejets et instaure une redevance « pollueur-payeur ». Le principe, détaillé dans un projet de décret, est simple : les sites industriels qui rejettent au-delà d'un certain seuil devront payer, au tarif de 100 euros par tranche de 100 grammes rejetés dans l'eau, la collecte étant assurée par les agences de l'eau. L'entrée en vigueur est désormais fixée à la rentrée 2026, après un report.

« Un simulacre de pollueur-payeur »

L'accueil des associations est mitigé. Générations Futures salue une avancée symbolique mais dénonce un dispositif « taillé pour l'industrie » : abattements jugés généreux pour les sites équipés de traitements, émissions atmosphériques non couvertes, pollution historique des sols ignorée. Surtout, le tarif est jugé dérisoire au regard des coûts réels de dépollution, chiffrés en milliards d'euros. La France reste néanmoins, souligne Reporterre, l'un des premiers pays d'Europe à instaurer une telle redevance.

Premier pas ou repoussoir ?

Pour les partisans du texte, c'est une première brique, qui pose le principe et pourra être renforcée. Pour ses détracteurs, le risque est de légitimer des rejets qui restent massifs au prix d'une contribution modeste. Les secteurs concernés — chimie, traitement de surface, papeteries, textiles techniques, électronique — devront s'acquitter de leurs premières déclarations à partir de 2027. Le débat, lui, ne fait que commencer.