Un économiste français au chevet de l'économie mondiale
Pierre-Olivier Gourinchas quitte le Fonds monétaire international après plusieurs années à la tête de sa recherche économique — l'un des postes les plus influents en matière de politique économique mondiale. Cet économiste français tire un bilan inattendu : loin d'une économie à l'agonie, il observe une résilience qui le surprend. « La mondialisation n'est certainement pas morte », a-t-il déclaré à l'AFP. Pour lui, ce que l'on prend pour une démondialisation n'est qu'une transformation profonde des échanges.
La thèse de la transformation, pas de l'effondrement
Gourinchas distingue deux phénomènes souvent confondus. La fragmentation géopolitique — découplage entre blocs, restrictions technologiques, politiques industrielles nationalistes — existe bel et bien. Mais elle ne signifie pas la fin de l'interdépendance commerciale : les flux se réorganisent, les chaînes d'approvisionnement se reconfigurent, et des pays comme le Mexique ou le Vietnam captent de nouvelles opportunités. Sur les droits de douane de l'administration Trump, son jugement est sévère : à moyen et long terme, ils « ne fonctionnent presque jamais », et la réindustrialisation par le protectionnisme lui paraît très difficile dans des économies où la technologie a remplacé le travail à la chaîne.
Des prévisions relevées, mais des risques persistants
Le FMI a revu à la hausse ses projections de croissance mondiale, l'économie ayant mieux résisté que prévu aux chocs commerciaux, note Le Devoir. Mais Gourinchas refuse tout triomphalisme : les risques restent orientés à la baisse — escalade tarifaire, tensions géopolitiques, tensions au Moyen-Orient pesant sur le pétrole, dette publique élevée, inflation encore au-dessus des cibles.
Le dollar, pilier d'un ordre qui tient
Malgré tout, le système monétaire international reste, selon lui, « très fermement centré sur le dollar » : les annonces de dédollarisation ne se traduisent pas dans les données réelles. C'est le cœur de son message de départ : l'économie mondiale change de visage à vive allure, mais ses structures profondes — réseaux commerciaux, système monétaire, interdépendance productive — se montrent plus robustes que les discours catastrophistes ne le laissent croire.



