Dix ans de rap avant le premier projet
Leys a longtemps rappé dans l'ombre. Pendant près d'une décennie, elle a accumulé les freestyles sans franchir le pas du projet officiel — par exigence plus que par manque d'ambition. « J'ai rappé pendant dix ans sans sortir de projet », reconnaît-elle. Repérée peu à peu dans le milieu, elle a notamment eu l'occasion d'ouvrir un concert de Kery James, figure tutélaire du rap engagé français, rappelle Zone Critique.
La révélation « Nouvelle École »
C'est la compétition de rap de Netflix, Nouvelle École, qui la propulse devant un large public. Sa prestation tranche : un flow précis, une écriture dense, une présence qui déstabilise les attentes. Le contraste entre son apparence posée et la force de ses textes marque les esprits, souligne France 24. Elle en sort comme l'une des artistes les plus commentées de l'édition.
Une troisième voie dans le rap féminin
Leys décrit une pression binaire imposée aux femmes dans le rap : « Soit on va te demander d'être une meuf très féminine qui parle de sexe, soit d'être très masculine. » Elle refuse les deux. Son rap n'est pas « genré » au sens militant, insiste-t-elle, mais s'adresse à tout le monde depuis une perspective résolument féminine. « J'ai vraiment envie que les femmes se sentent comprises », confie-t-elle. Cette position, à rebours des injonctions de l'industrie, lui ouvre des sujets que le rap masculin laisse rarement de la place : violences ordinaires, légitimité contestée, construction de soi.
Une œuvre, pas une image
Ce qui distingue Leys, c'est d'abord une écriture — dense, imagée, qui ne sacrifie ni la technique à l'émotion ni l'inverse. Elle résume sa démarche d'une formule : « Je suis une meuf sentimentale et hardcore. » Les deux ne s'excluent pas — c'est précisément là sa force. Dans un milieu où la visibilité prime souvent sur la substance, son choix de prendre le temps dit quelque chose de ce qu'elle veut bâtir : une œuvre, pas une image.



