Il vivait là depuis toujours, mais avait échappé à la science. Un singe aux lèvres orange, longtemps confondu ou tout simplement ignoré, vient d'être formellement décrit comme une nouvelle espèce dans les forêts de la République démocratique du Congo, rapporte la BBC. Les populations locales, elles, le connaissaient déjà : elles l'appellent le « Likweli ».
Un portrait singulier
Ce qui frappe d'abord, c'est son visage. Sur une face sombre se détache une tache d'un orange crémeux autour de la bouche et du museau, une signature qui le rend immédiatement reconnaissable. Le reste du corps, couvert d'un pelage foncé, ne trahit rien de cette touche de couleur inattendue.
L'animal ne se contente pas d'un physique original. Son cri, décrit par les scientifiques comme un mélange de coassement et de grognement, ajoute à son étrangeté. De taille modeste, il vit dans les forêts denses du bassin du Congo, un milieu difficile d'accès qui explique en partie pourquoi il est resté si longtemps sous les radars.
Des années d'enquête
Sa reconnaissance officielle est le fruit d'un long travail de terrain. Repéré une première fois sur des images il y a près de deux décennies, il a fallu des années d'observations, puis des analyses génétiques, anatomiques et acoustiques, pour confirmer qu'il s'agissait bien d'une espèce à part entière, et non d'une simple variation d'un singe déjà connu. La description a été publiée dans une revue scientifique, comme l'a relayé l'université Yale, fruit d'une collaboration entre chercheurs de terrain en RDC et spécialistes des primates.
Fait notable, il s'agit de l'une des très rares nouvelles espèces de singe africain décrites depuis des décennies. De quoi rappeler que, même à notre époque, la carte du vivant reste incomplète.
Une découverte, une inquiétude
Mais l'enthousiasme se double d'une préoccupation. Le Likweli n'occupe qu'une aire géographique restreinte, et sa population apparaît fragile face à la pression de la chasse et à la dégradation de son habitat. Les chercheurs plaident déjà pour un classement parmi les espèces menacées, afin de le protéger avant qu'il ne disparaisse.
Cette découverte illustre le paradoxe du bassin du Congo : l'un des plus formidables réservoirs de biodiversité de la planète, encore largement méconnu, mais soumis à des menaces croissantes. Chaque nouvelle espèce identifiée y sonne comme un émerveillement, et comme un rappel : ces forêts recèlent des trésors que l'on découvre parfois au moment même où ils deviennent vulnérables. Protéger le Likweli, c'est aussi protéger le monde qui l'a vu naître.



