C'est une page qui pourrait bientôt se tourner. La France, qui a cessé de produire ses propres munitions de petit calibre au tournant des années 2000, s'apprête à relancer cette fabrication sur son territoire, rapporte BFMTV. Un retour lourd de sens, à l'heure où la question de l'autonomie militaire s'impose dans le débat.
Une dépendance devenue problématique
Longtemps, la France a jugé plus économique d'acheter ses cartouches à l'étranger. La fermeture, à la fin des années 1990, du site de Giat Industries au Mans a signé la fin d'une filière nationale de petit calibre. Depuis, l'armée française s'approvisionne auprès de fournisseurs extérieurs pour ses munitions courantes, notamment le calibre 5,56 mm utilisé par les fusils d'assaut.
Ce choix, qui pouvait sembler rationnel en temps de paix, apparaît aujourd'hui comme une fragilité. Dépendre de l'étranger pour un consommable aussi élémentaire qu'une cartouche, c'est s'exposer à des ruptures d'approvisionnement en cas de tensions ou de forte demande mondiale. La guerre en Ukraine, conflit de haute intensité gourmand en munitions, a cruellement rappelé cette réalité.
Un projet porté par la commande publique
Pour corriger le tir, le ministère des Armées a lancé, via la Direction générale de l'armement (DGA), un appel d'offres destiné à réimplanter une capacité de production en France. Selon la presse spécialisée, plusieurs candidats européens ont déposé des offres, les propositions finales ayant été remises au printemps 2026. L'objectif affiché est une capacité de l'ordre de 50 millions de cartouches par an, à l'horizon 2029.
Parmi les acteurs en lice figure le groupe belge FN Browning, qui a racheté l'entreprise française Sofisport, spécialiste des munitions, et envisage une ligne d'assemblage dans la Drôme. Mais le choix final revient à l'État, qui tranchera entre les candidats en fonction de critères industriels et de sécurité.
La souveraineté, nouveau maître mot
Ce projet dépasse le simple cas des cartouches. Il s'inscrit dans un mouvement plus large de réarmement et de relocalisation, qui traverse toute l'Europe depuis le retour de la guerre sur le continent. Produire chez soi, plus vite et en plus grande quantité, est devenu un impératif stratégique autant qu'un argument politique.
L'histoire de cette filière offre au passage une leçon : démanteler une capacité industrielle prend quelques mois, la reconstruire réclame des années et des investissements lourds. En rouvrant la porte à une production nationale de petit calibre, la France reconnaît, en creux, qu'elle était allée trop loin dans l'externalisation d'un savoir-faire jugé, aujourd'hui, essentiel à sa défense.



