L'image du pompier qui allume les incendies qu'il est censé éteindre a tout du fait divers glaçant. Elle revient régulièrement dans l'actualité, surtout l'été. Mais que dit la psychologie de ces cas ? La réponse invite à la nuance : le phénomène existe, mais il est bien plus rare, et plus complexe, que l'image d'Épinal ne le laisse croire.
Pyromanie et incendie criminel, deux choses différentes
Première précision, essentielle : la pyromanie et l'incendie volontaire ne sont pas synonymes. La pyromanie est un trouble psychiatrique reconnu, classé parmi les troubles du contrôle des impulsions. Elle se caractérise par une tension intérieure qui monte, une fascination pour le feu, et un soulagement après le passage à l'acte. Il s'agit d'une compulsion, non d'un calcul.
L'incendie criminel, lui, relève d'une tout autre logique : vengeance, intérêt financier, volonté de nuire ou de dissimuler. Or, la grande majorité des incendies volontaires n'ont rien à voir avec la pyromanie clinique : ils sont le fait de personnes qui agissent en pleine conscience, sans trouble psychiatrique particulier. La pyromanie véritable ne représente qu'une part infime des feux allumés volontairement.
Ce que cherchent les rares passages à l'acte
Dans les cas, exceptionnels, où un pompier bascule, les spécialistes pointent souvent des ressorts psychologiques profonds. Le besoin de reconnaissance et d'héroïsme peut jouer : provoquer le sinistre pour être celui qui le combat, et recevoir la gratitude qui va avec. S'y ajoutent parfois l'ennui, la recherche d'adrénaline, ou un mal-être plus ancien, lié à des blessures anciennes.
Les experts soulignent que ces profils cumulent fréquemment des fragilités, et que le geste fonctionne comme une décharge face à des émotions difficiles à gérer. Cela n'excuse rien, mais aide à comprendre, et surtout à mieux repérer et prendre en charge en amont.
Ne pas salir une profession entière
Il faut le dire clairement : ces cas ne doivent pas rejaillir sur l'immense majorité des pompiers. En France, ce sont des dizaines de milliers de sapeurs-pompiers, en grande partie volontaires, qui assurent chaque année l'essentiel des interventions, souvent au péril de leur sécurité et pour une reconnaissance modeste.
Braquer le projecteur sur quelques dérives, aussi marquantes soient-elles, ne doit pas faire oublier ce dévouement quotidien. Comprendre le phénomène du pompier pyromane, c'est justement le maintenir à sa juste place : celle d'une exception qui relève de la psychiatrie et de la justice, non d'une tendance qui définirait une profession tout entière.



