Un médicament, des milliards d'euros

Le pembrolizumab — commercialisé sous le nom Keytruda par le laboratoire MSD — est une immunothérapie qui stimule les défenses du patient contre les cellules cancéreuses. C'est aussi devenu le médicament qui pèse le plus lourd dans les comptes de l'Assurance maladie : selon les chiffres-clés du médicament publiés par l'ameli, ses remboursements se comptent en milliards d'euros par an. Le coût tourne autour de 70 000 € par patient et par an : la Haute Autorité de santé l'évaluait à près de 67 650 € TTC, dans son avis économique. Son succès tient à l'élargissement de ses indications (poumon, mélanome, etc.), qui a multiplié le nombre de patients traités.

Des négociations sous tension

Fixer le prix d'un tel produit relève d'un exercice délicat, confié au Comité économique des produits de santé (CEPS), qui négocie avec les laboratoires — les remises consenties restant couvertes par le secret des affaires. La Cour des comptes a pointé les limites du système et plaidé pour des renégociations fondées sur les résultats réels constatés chez les patients, et non sur les seules données des essais cliniques.

L'argument du laboratoire

Face aux critiques, le laboratoire met en avant les coûts de recherche et développement, mais aussi — argument plus contesté — les gains de productivité liés aux vies prolongées ou sauvées (retour à l'emploi, moindres hospitalisations). Cette approche, qui consiste à chiffrer la valeur économique d'une vie, soulève d'importantes réserves éthiques.

Un enjeu de soutenabilité

Derrière ce cas se profile une question de fond : comment financer durablement des innovations dont les prix s'envolent ? Le nombre de médicaments dépassant 100 000 € par patient et par an a fortement augmenté en une décennie, et des associations comme UFC-Que Choisir dénoncent des tarifs « déconnectés des coûts réels ». Tant que des génériques n'entrent pas sur le marché, la pression sur les finances publiques restera forte.