Il y a une phrase qui revient chez ceux qui s'inquiètent pour les estaminets belges, et elle dit l'essentiel : « Ce sont les derniers endroits où l'on peut rencontrer des gens qu'on ne connaît pas. » Derrière la formule se joue ce qui disparaît vraiment quand un café de village ferme : pas seulement une bière, mais un lieu où l'on croise, par accident, des vies qui ne sont pas la sienne.

Un comptoir sur deux a disparu

Les chiffres donnent le vertige. La Belgique comptait près de 25 000 cafés à la fin des années 1990 ; il en resterait environ 13 500 aujourd'hui, selon les données relayées par la RTBF — une chute de moitié en un quart de siècle (chiffres À VÉRIFIER). En Flandre, le mouvement s'est accéléré, au rythme de plusieurs fermetures par semaine.

La Wallonie n'est pas épargnée : un café wallon sur cinq a baissé le rideau entre 2013 et 2022, et plus d'un sur quatre dans le Hainaut, alerte la Fédération HoReCa.

Pourquoi le comptoir se vide

Les causes s'empilent comme des sous-bocks. D'abord les habitudes : on boit davantage chez soi, le télétravail raréfie les contacts, et les jeunes préfèrent les bars à thème aux estaminets de quartier. Ensuite l'argent : flambée de l'énergie, normes coûteuses pour de très petites structures, et ces contrats avec les grandes brasseries dont dépendrait une large part des cafés. À cela s'ajoute un problème de relève : les patrons vieillissent et leurs enfants ne reprennent plus, comme le détaille La DH.

Ce qu'on perd vraiment — et le miroir français

Un café n'est pas qu'un débit de boissons. Dans bien des villages, c'est le seul endroit où l'on entre sans rendez-vous, où le retraité, l'ouvrier et le gamin du coin partagent le même comptoir.

Et c'est là que l'histoire belge parle directement aux Français. Une étude relayée par le CEPREMAP a analysé la fermeture de 18 000 bars-tabacs en France entre 2002 et 2022 : là où ces lieux disparaissent, le lien social local s'érode et le vote d'extrême droite progresse, surtout en milieu rural, indépendamment du chômage ou de l'immigration. En France aussi, le nombre de cafés s'est effondré sur le long terme, passant de plusieurs centaines de milliers dans les années 1960 à quelques dizaines de milliers aujourd'hui (À VÉRIFIER).

Une résistance qui s'organise

Face à l'hémorragie, des passionnés s'organisent. En Belgique, le collectif des Kroegtijgers — les « tigres des cafés » — filme les comptoirs menacés et les cartographie en ligne, fédérant une large communauté. Une journée nationale des cafés est même annoncée pour septembre 2026. Reste une question, des deux côtés de la frontière : une tournée générale suffira-t-elle à recoudre ce que des décennies de rideaux baissés ont défait ?