Ramiro Valdés Menéndez, l'une des dernières grandes figures vivantes de la révolution cubaine, est mort le 21 juin 2026 à l'âge de 94 ans. Sa disparition a été annoncée le jour même par le président Miguel Díaz-Canel. Né le 28 avril 1932, ce « comandante de la révolution » — l'un des plus hauts titres honorifiques de l'île — incarnait à lui seul l'arc complet du castrisme, de la lutte armée des années 1950 jusqu'aux instances dirigeantes du Parti communiste qu'il n'a quittées qu'à la fin des années 2010.
De la Moncada à la Sierra Maestra
Âgé de 21 ans, Ramiro Valdés participe le 26 juillet 1953 à l'assaut manqué de la caserne Moncada, à Santiago, qui marque le coup d'envoi de l'insurrection contre le dictateur Fulgencio Batista. Exilé au Mexique avec Fidel Castro, il fait partie des hommes embarqués en 1956 sur le yacht Granma pour relancer la lutte, et de la poignée de survivants après le débarquement qui rejoignent les maquis de la Sierra Maestra.
C'est durant cette guérilla qu'il devient l'un des proches d'Ernesto « Che » Guevara, dont il est l'adjoint. Il combat à ses côtés lors de la bataille de Santa Clara, épisode décisif des derniers jours de 1958, avant la prise du pouvoir par les rebelles le 1er janvier 1959.
L'architecte de la sécurité d'État
Après la victoire, Valdés ne range pas l'uniforme : il prend en main l'appareil sécuritaire de la jeune révolution. Il est l'un des principaux artisans des services de renseignement cubains, structure de sécurité d'État dont plusieurs sources soulignent la proximité de modèle avec le KGB soviétique, chargée de surveiller et de réprimer la dissidence. Il occupe à deux reprises le poste de ministre de l'Intérieur, et enchaîne d'autres fonctions de premier plan — vice-ministre des Forces armées, ministre de l'Informatique et des Communications, vice-président. Il siège au Bureau politique du Parti communiste cubain jusqu'en 2019.
Un héritage que se disputent hommage et accusations
La mort de Ramiro Valdés a aussitôt cristallisé deux lectures inconciliables. À La Havane, le pouvoir a salué un héros et un fidèle, gardien de la continuité révolutionnaire.
Dans l'exil, le ton est tout autre. Des élus cubano-américains de Floride ont dénoncé son rôle central dans la machine répressive. La représentante María Elvira Salazar a résumé son héritage en un triptyque — « répression, sang et souffrance » —, tandis qu'un autre élu regrettait qu'il soit mort sans jamais avoir affronté la justice. Pour la dissidence, sa disparition illustre une impunité durable : celle de dirigeants historiques jamais jugés pour les arrestations, la surveillance et les violences attribuées au système qu'il a contribué à bâtir.
Entre culte officiel et réquisitoire, le bilan de Ramiro Valdés reste indissociable de la nature même du régime cubain : à la fois figure de la geste révolutionnaire et instrument de son verrouillage politique. Avec lui s'efface l'un des derniers acteurs vivants de l'épopée du Granma, aux côtés de Raúl Castro.



