La Colombie s'est réveillée le 22 juin avec un président élu autoproclamé, mais sans certitude. Au second tour de la présidentielle du 21 juin 2026, l'avocat et homme d'affaires Abelardo de la Espriella, figure de l'ultradroite, a revendiqué la victoire avec environ 49,7 % des voix, contre 48,7 % au sénateur de gauche Iván Cepeda, selon les résultats préliminaires recensés. L'écart, inférieur à un point, en fait l'un des scrutins les plus serrés de l'histoire récente du pays.
Un scrutin à deux tours dans une Colombie sans Petro
Le scrutin se jouait au système majoritaire à deux tours. Au premier tour, le 31 mai, aucun des candidats n'avait franchi la barre des 50 %. De la Espriella était arrivé en tête, devant Cepeda. Le président sortant Gustavo Petro, premier chef d'État de gauche de l'histoire colombienne, ne pouvait se représenter : la Constitution interdit un second mandat consécutif. L'élection se présentait donc comme un référendum sur son bilan, opposant la continuité incarnée par Cepeda à une droite dure promettant une rupture sécuritaire.
« El Tigre » contre l'héritier de Petro
Abelardo de la Espriella, avocat médiatique et relatif novice en politique, a bâti sa campagne sur la sécurité. Il promet une ligne répressive inspirée du modèle salvadorien de Nayib Bukele. Cepeda, parlementaire de longue date et héritier politique de Petro, défendait pour sa part la poursuite de la « paix totale » par la négociation avec les groupes armés.
Le contexte est marqué par une dégradation sécuritaire : selon les chiffres relayés par PBS, la Colombie a enregistré son plus haut niveau d'homicides depuis une décennie, tandis que les extorsions ont fortement augmenté.
L'ombre de Donald Trump
La singularité de ce scrutin tient à l'irruption explicite de Washington. Donald Trump a accordé à De la Espriella son soutien, le qualifiant de leader fort face à un adversaire qu'il a présenté comme un homme de la gauche radicale. Le soir du second tour, le candidat d'ultradroite a affirmé avoir échangé avec le président américain, qui lui aurait exprimé sa reconnaissance. L'élection pourrait ainsi redéfinir des relations bilatérales tendues sous la présidence Petro.
Un résultat suspendu au décompte officiel
La victoire reste fragile sur le plan institutionnel. Gustavo Petro a refusé de reconnaître le verdict des bureaux de vote. Sur le réseau X, le président sortant a affirmé que 800 000 électeurs auraient été inscrits illégalement sur les listes électorales, sans toutefois apporter de preuve. De son côté, Iván Cepeda a indiqué attendre les dépouillements finaux avant de se prononcer.
Le résultat préliminaire devra donc être validé par les autorités électorales colombiennes avant toute proclamation officielle. D'ici là, la plus serrée des présidentielles colombiennes reste suspendue à un décompte sous tension.



