Un serveur informatique est une machine à fabriquer de la chaleur. En temps normal, on l'évacue sans peine vers l'air extérieur. Mais quand cet air dépasse 40 °C, l'équation se complique : refroidir devient plus difficile, et surtout beaucoup plus gourmand en énergie.

Le piège thermique de la canicule

Par forte chaleur, les systèmes de refroidissement doivent tourner à plein régime pour maintenir les salles entre 20 et 27 °C. Résultat : la consommation électrique des centres de données grimpe précisément au moment où le réseau est le plus sollicité. Dans les cas extrêmes, des serveurs peuvent réduire automatiquement leur cadence pour éviter la surchauffe — un ralentissement qui allonge les calculs sans rien produire de plus.

Free cooling, eau : un arsenal aux limites

La technique la plus économe, le « free cooling », consiste à injecter directement l'air extérieur, filtré — mais elle perd tout son intérêt dès que cet air dépasse environ 25 °C. D'autres méthodes, dites adiabatiques, refroidissent l'air en y évaporant de fines gouttelettes d'eau : efficaces même par forte chaleur, mais consommatrices d'eau. Or la canicule est justement le moment où l'eau se fait rare. Avec l'essor de l'intelligence artificielle, dont les puces chauffent énormément, cette consommation d'eau et d'électricité devient un enjeu de société.

La France, un cas particulier

L'Hexagone compte environ 300 centres de données, pour quelque 10 TWh par an, soit près de 2 % de la consommation électrique nationale — une part que RTE voit doubler, voire tripler, d'ici 2035 sous l'effet des investissements massifs dans l'IA. Pendant la canicule de juin 2026, le réseau a toutefois tenu, aidé par un parc de production largement décarboné et des marges estivales.

Vers plus de transparence

La réglementation se durcit : les plus gros data centers doivent désormais publier des indicateurs de performance énergétique et valoriser leur « chaleur fatale », cette énergie thermique rejetée qui pourrait chauffer des bâtiments. Mais sur la consommation d'eau, la transparence reste lacunaire. Tant que les chiffres précis, site par site, ne seront pas publics, il restera difficile de mesurer l'empreinte réelle du numérique lors des prochains pics de chaleur — qui, eux, se multiplient.