Il y a dix ans, le 23 juin 2016, 51,9 % des électeurs britanniques choisissaient le « Leave ». Une décennie plus tard, l'événement n'a rien d'un souvenir refermé : il structure encore l'économie, l'opinion et toute la vie politique du Royaume-Uni.
Un référendum qui n'en finit pas
Le scrutin de 2016, remporté de justesse (52 % contre 48 %), avait été vendu comme la promesse de « reprendre le contrôle » : des frontières, des lois, de l'argent. Dix ans après, ce récit s'est largement effondré dans l'opinion. Selon un sondage YouGov de juin 2026, une nette majorité de Britanniques estime désormais que le pays a eu tort de partir, et environ six sur dix jugent le Brexit raté — un constat partagé jusque dans une partie de l'électorat « Leave » (chiffres propres à cet institut — À VÉRIFIER).
Ce « Bregret » nourrit une demande de rapprochement, même si le soutien à un retour pur et simple fond dès qu'il faut renoncer aux anciens régimes dérogatoires britanniques.
« L'embellie escomptée n'a pas eu lieu »
Sur le plan économique, le diagnostic des institutions converge. L'Office for Budget Responsibility, l'organisme budgétaire indépendant, maintient depuis 2016 l'hypothèse d'une baisse de la productivité de long terme d'environ 4 % et d'un recul de l'ordre de 15 % des importations comme des exportations par rapport à un maintien dans l'UE.
D'autres travaux, comme ceux de l'Institute for Government, chiffrent la perte de richesse par habitant à plusieurs points de PIB (estimations variables selon les méthodes — À VÉRIFIER). Le constat partagé : pas d'effondrement brutal, mais un freinage cumulatif et discret sur le commerce, l'investissement et la productivité.
Dernier paradoxe : le Brexit devait réduire l'immigration. C'est l'inverse qui s'est produit. Avec la fin de la libre circulation et un nouveau système à points, l'immigration nette a atteint un record d'environ 900 000 personnes pour l'année achevée à la mi-2023, tirée par les flux extra-européens, selon la Migration Observatory d'Oxford. Les chiffres ont depuis reflué, mais le « contrôle » promis a pris une tournure inattendue.
Farage en embuscade, conservateurs laminés
C'est sur le terrain politique que la fracture est la plus visible. Le clivage « Leave/Remain » a déstabilisé l'axe gauche-droite traditionnel et profité surtout à Nigel Farage : son parti, Reform UK, caracole en tête des sondages depuis plus d'un an, analyse le European Council on Foreign Relations. Les conservateurs, eux, paient cher d'avoir porté la sortie, pris en étau entre Reform et un électorat désabusé.
Vu de France et de l'UE : un voisin qui revient sans le dire
Depuis l'arrivée de Keir Starmer à Downing Street, le ton a changé. Un partenariat de sécurité et de défense a été scellé en 2025, suivi d'un projet de retour de Londres dans le programme Erasmus+, rappelle Toute l'Europe. Mais le Premier ministre avance prudemment : pas question de réintégrer le marché unique ou l'union douanière, pour ne pas rouvrir les plaies de 2016. Vu de Paris, le message reste ambigu — un voisin qui se rapproche de l'Europe sur la défense et la jeunesse, sans effacer une rupture qui aura, dix ans durant, pesé sur sa propre prospérité.



