L'Europe de la défense vient de basculer. Après des années de querelles, Paris et Berlin ont acté début juin 2026 la fin du SCAF, leur projet commun d'avion de combat de sixième génération. À peine le programme enterré, l'Italie sort du bois : le groupe public Leonardo invite désormais l'Allemagne à rejoindre le camp d'en face, le programme GCAP. Une main tendue qui pourrait laisser la France et Dassault Aviation isolés face à un continent qui se réorganise.
Deux programmes, une fracture européenne
Depuis 2017, l'Europe développait en parallèle deux chasseurs concurrents. D'un côté le SCAF (Système de combat aérien du futur), réunissant la France (Dassault), l'Allemagne et l'Espagne (Airbus). De l'autre le GCAP (Global Combat Air Programme), porté par le Royaume-Uni, l'Italie (Leonardo) et le Japon, visant un appareil opérationnel vers 2035.
Le SCAF n'a jamais surmonté la rivalité entre Dassault et Airbus, notamment sur le partage industriel. Les désaccords se sont cristallisés autour de la répartition de la charge de travail, sur fond de défiance croissante, comme le détaille Zone Militaire.
L'enterrement, puis la main tendue
Le 8 juin 2026, Paris et Berlin ont convenu de ne plus poursuivre la construction d'un avion commun, seul le « combat cloud » (le système reliant avions, drones et capteurs) étant maintenu côté franco-allemand (termes exacts À VÉRIFIER).
Deux semaines plus tard, le nouveau directeur général de Leonardo, Lorenzo Mariani, a fait savoir que l'Allemagne serait la bienvenue dans le GCAP, rapporte Defense News. L'intérêt est limpide : davantage de partenaires, c'est plus de compétences industrielles et un financement élargi pour un programme évalué à plusieurs dizaines de milliards d'euros.
Berlin cherche déjà une porte de sortie
L'appel italien tombe à pic pour une Allemagne en quête d'alternative. Dès le 9 juin, des industriels emmenés par Airbus ont formé une équipe pour porter un chasseur sous direction allemande, rapporte L'Usine Nouvelle. Parmi les pistes : un projet national, une coopération avec la Suède, ou un rapprochement avec le GCAP, scénario qu'Euractiv analyse en détail.
Mais l'opération n'a rien d'évident : intégrer une quatrième nation « avec les mêmes droits » pourrait, selon Mariani lui-même, peser sur le calendrier de 2035. Le Japon resterait par ailleurs réticent à élargir le club.
Pour la France et Dassault, le risque de l'isolement
Libérée des contraintes du SCAF, Dassault retrouve sa liberté de manœuvre pour développer un successeur du Rafale en quasi-autonomie — une option longtemps défendue par son PDG Éric Trappier. Mais le revers est stratégique : si l'Allemagne bascule dans le GCAP, la France se retrouverait seule, voire isolée, sur un marché européen déjà saturé.
L'Europe ne peut se permettre de financer trop de chasseurs de sixième génération à la fois. Le scénario d'un GCAP élargi consacrerait un programme dominant face à un Dassault contraint de convaincre des clients à l'export pour rentabiliser son pari. La main tendue de Rome à Berlin pourrait bien être, pour Paris, le signal d'une recomposition où la France joue désormais en défense.



