Aux origines du septième art

Il faut remonter à l'aube du cinéma pour mesurer ce que représentent Gaumont et Pathé. Fondée en 1895 par Léon Gaumont, la première est la plus ancienne société de cinéma encore en activité au monde ; la seconde, lancée en 1896 par Charles et Émile Pathé, fut un géant industriel — « je n'ai pas inventé le cinéma, je l'ai industrialisé », résumait Charles Pathé. À leur apogée, ces maisons captaient l'histoire du monde en marche : leurs archives ne sont pas un simple fonds documentaire, mais un miroir de la civilisation.

Des centaines de milliers de documents

Aujourd'hui regroupées sous la bannière Gaumont Pathé Archives, ces collections donnent le vertige : des centaines de milliers de documents, des milliers de films documentaires, des milliers d'heures d'images. On y trouve les actualités filmées — le Pathé Journal, lancé en 1908, fut l'un des premiers journaux d'actualités de l'histoire —, des documentaires, des films de mode, des instantanés d'un monde où la caméra était encore un objet de stupéfaction. La Fondation Jérôme Seydoux-Pathé, à Paris, complète ce dispositif côté héritage Pathé.

La bataille contre la dégradation

Conserver un film, c'est d'abord une lutte chimique. Les pellicules en nitrate utilisées jusqu'au milieu du XXe siècle sont à la fois très inflammables et sujettes à une décomposition inexorable ; leurs successeurs en acétate connaissent le « syndrome du vinaigre », dégradation irréversible une fois enclenchée. Les pertes ont été considérables : on estime qu'une grande part des films muets d'avant 1920 a disparu à jamais. Ce que Gaumont et Pathé ont préservé n'en est que plus précieux — et la restauration, coûteuse, exige des institutions solides.

Des fenêtres rouvertes sur le passé

Dans ces magasins climatisés, entre les boîtes métalliques numérotées, dorment des visages, des rues disparues, des événements fondateurs et des instants de vie ordinaire. Chaque bobine restaurée — et certaines ont été primées dans des concours internationaux dédiés aux archives — est une fenêtre rouverte sur un monde révolu. Car c'est bien là l'enjeu : préserver la mémoire du cinéma, c'est aussi préserver la mémoire de nous-mêmes.