Un départ de prestige en terre catalane

Cette année, la Grande Boucle prend un accent catalan. Le Tour de France s'élance de Barcelone ce samedi, avec des étapes dans la région avant que le peloton ne file vers les Pyrénées et le territoire français. Pour la capitale de la Catalogne, accueillir le départ de la plus grande course cycliste du monde est, sur le papier, une vitrine planétaire : des images de la ville diffusées dans des dizaines de pays, une manne touristique attendue, un événement populaire et gratuit.

Beaucoup de métropoles se disputent d'ailleurs l'honneur d'un tel Grand Départ, prêtes à payer cher pour figurer au générique du Tour. Barcelone, elle, part avec un handicap particulier : la ville est déjà l'une des plus visitées d'Europe, et une partie de ses habitants n'en peut plus.

« Nous n'avons pas besoin de cette publicité »

C'est tout le paradoxe que pointe franceinfo : là où d'autres villes rêveraient de l'événement, une partie des Barcelonais l'accueille avec méfiance, voire hostilité. « Nous n'avons pas besoin de cette publicité », résument certains riverains, lassés d'être transformés en décor pour touristes.

Le reproche central porte sur l'argent public. Selon les critiques relayées, la ville engage plusieurs millions d'euros pour attirer le départ, une dépense dont les retombées iraient surtout aux hôteliers et aux restaurateurs, sans bénéfice tangible pour les résidents ni pour les équipements du quotidien, comme les pistes cyclables. Un sentiment classique dans les villes gagnées par le surtourisme, où l'affluence record nourrit un ras-le-bol croissant.

Le surtourisme en toile de fond

La grogne autour du Tour n'est, en réalité, qu'un symptôme. Depuis plusieurs années, Barcelone est au cœur du débat européen sur le tourisme de masse : hausse des loyers, quartiers vidés de leurs habitants au profit des locations de courte durée, ruelles saturées autour de la Sagrada Família et des Ramblas. Des mouvements d'habitants s'y sont déjà fait entendre, parfois de façon spectaculaire, pour dénoncer une ville « à vendre ».

Dans ce contexte, un événement mondial comme le Tour cristallise les tensions : il incarne, pour ses détracteurs, exactement le modèle qu'ils rejettent, celui d'une cité qui mise sur les grands rendez-vous internationaux plutôt que sur la qualité de vie de ceux qui y vivent.

Une fête populaire malgré tout

Reste que, sur le bord des routes, le Tour demeure une fête gratuite et accessible, capable de rassembler des centaines de milliers de spectateurs. Les organisateurs et la municipalité misent sur d'importantes retombées économiques et sur la ferveur populaire pour faire taire les critiques le temps d'un week-end.

Le peloton, lui, ne s'attardera pas : après la Catalogne, il rejoindra la France et ses cols dès les premiers jours de course. La polémique barcelonaise, elle, dit quelque chose de plus durable, qui dépasse le vélo : la difficile cohabitation entre les grandes villes touristiques et leurs habitants. ActuBrief suivra cette 2026 de la Grande Boucle jusqu'à Paris.