Et si l'obtention d'un titre de séjour se jouait à la télévision, sous les projecteurs et les applaudissements ? C'est le point de départ glaçant de « The Best Immigrant », une fiction belge dystopique disponible depuis le 3 juillet sur france.tv.

Une dystopie flamande

La série imagine une Belgique où un parti d'extrême droite flamand est arrivé au pouvoir. Ses mesures sont radicales : séparation d'avec la partie francophone du pays, indépendance de la Flandre et expulsion de toute personne née hors du territoire flamand. Pour échapper au bannissement, il reste une porte de sortie : une émission de télé-réalité, « The Best Immigrant », imaginée par une productrice ambitieuse et sans scrupules. Le principe est aussi simple que cruel : des candidats soigneusement sélectionnés s'affrontent dans des épreuves impitoyables, et le vainqueur gagne le droit de rester.

Au cœur du récit, Muna et Jamal, un couple d'enseignants menacés d'expulsion vers deux pays différents, décident de tenter leur chance dans ce jeu déshumanisant.

Entre satire et avertissement

Créée par Cristina Poppe et Raoul Groothuizen, et réalisée par Michael Abay, la série a été projetée au festival Séries Mania, à Lille, où elle a marqué les spectateurs. Ses auteurs assument une intention politique claire : dénoncer la déshumanisation des étrangers et interroger la façon dont le spectacle télévisé peut banaliser l'inacceptable.

La force du projet tient à sa vraisemblance. Ce n'est pas un vrai jeu, mais une fiction qui joue à le devenir, comme le souligne Franceinfo. En poussant à l'extrême des tendances déjà à l'œuvre, l'instrumentalisation politique de l'immigration d'un côté, le voyeurisme de la télé-réalité de l'autre, elle place le spectateur dans une position inconfortable.

Le fruit d'un long travail

Le projet n'est pas né dans l'urgence de l'actualité. Ses créateurs racontent l'avoir amorcé plusieurs années plus tôt, à la fin des années 2010, dans un contexte international marqué par la montée des discours anti-immigration. La série est portée par la société de production Lompvis et coproduite avec la plateforme flamande Streamz, avec la participation de France Télévisions.

En cinq épisodes, « The Best Immigrant » ne prétend pas apporter de réponses. Elle laisse surtout un malaise, celui de reconnaître, dans une fiction volontairement outrancière, l'écho de débats bien réels.