Le soldat des deux guerres qui étudiait les rumeurs
Avant d'être une statue, Marc Bloch fut un fantassin. Mobilisé en août 1914 comme sergent d'infanterie, il termine la Première Guerre mondiale capitaine, plusieurs fois cité et décoré, rappelle le ministère des Armées. De cette boue naît une obsession d'historien : pourquoi les hommes croient-ils n'importe quoi ? Dès 1921, il publie ses Réflexions d'un historien sur les fausses nouvelles de la guerre, étude pionnière conservée sur Persée, où il montre, un siècle avant le mot « fake news », qu'une rumeur ne se propage que si la société qui la reçoit y est prête. Le plus saisissant tient au retour : en 1939, à 53 ans et père de six enfants, il demande à reprendre du service, parmi les plus âgés capitaines de l'armée.
Un nom effacé de sa propre revue
Cofondateur en 1929, avec Lucien Febvre, des Annales qui révolutionnent l'écriture de l'histoire, Marc Bloch voit, sous Vichy, son nom devenir un délit. Le statut des Juifs de 1940 l'exclut de l'université. Pour continuer à écrire dans la revue qu'il a créée, il doit se cacher derrière un pseudonyme, « Marc Fougères », comme le documente sa biographie. L'un des plus grands historiens du siècle signait désormais son propre journal sous un faux nom.
Le manuscrit sauvé de « L'Étrange Défaite »
Sa lucide autopsie de l'effondrement de 1940 fut écrite « en pleine rage » durant l'été. Bloch ne l'avait pas intitulée ainsi : il l'appelait sobrement Témoignage ; le titre fameux est dû à ses compagnons de Résistance, qui l'éditèrent, précise le ministère de la Culture. Le texte a failli disparaître pendant l'Occupation et ne paraîtra qu'en 1946, deux ans après l'assassinat de son auteur (détails de la mise à l'abri du manuscrit À VÉRIFIER).
« Narbonne », le résistant aux multiples identités
Dans la clandestinité lyonnaise, l'historien devient un homme aux nombreux noms. Membre du mouvement Franc-Tireur puis du directoire régional des Mouvements unis de la Résistance, il agit sous les pseudonymes « Narbonne », « Arpajon » et « Chevreuse », détaille le ministère de la Culture. Arrêté le 8 mars 1944, torturé puis détenu à Montluc, il est extrait de sa cellule le 16 juin 1944 et fusillé à Saint-Didier-de-Formans (Ain) avec 29 autres prisonniers, selon Le Maitron. Plusieurs récits rapportent qu'il aurait réconforté un adolescent promis au même sort ; la scène et les ultimes paroles qu'on lui prête restent toutefois à confirmer (À VÉRIFIER).
C'est cet entrelacement — savant et soldat, médiéviste et clandestin — qui fait, le 23 juin 2026, entrer au Panthéon non pas une œuvre seule, mais une vie tout entière offerte à la France.



