C'est un texte censé aider les agriculteurs qui met le feu aux poudres jusque dans les rangs du gouvernement. Le projet de loi d'urgence agricole, profondément remanié par le Sénat, divise agriculteurs, écologistes, scientifiques, et désormais l'exécutif lui-même, comme le raconte Le Parisien.

Le retour d'un pesticide interdit

Au cœur de la polémique, une mesure emblématique : la réintroduction de l'acétamipride, un insecticide de la famille des néonicotinoïdes, interdit en France depuis 2018 en raison de sa toxicité pour les pollinisateurs, notamment les abeilles. Contre l'avis du gouvernement et d'une partie des députés, les sénateurs ont voté son retour.

Le sujet n'est pas nouveau. Cette réautorisation figurait déjà dans la loi Duplomb, dont une disposition similaire avait été censurée par le Conseil constitutionnel à l'été 2025. En la faisant réapparaître dans un nouveau véhicule législatif, ses partisans relancent une bataille que ses opposants pensaient gagnée. D'où le surnom de « nouvelle loi Duplomb ».

Mégabassines et élevage dans le viseur

Le texte ne se limite pas aux pesticides. Il facilite aussi le développement des mégabassines, ces vastes réserves d'eau destinées à l'irrigation, en leur conférant une présomption d'intérêt général. Un point sensible, alors que ces ouvrages cristallisent depuis des années des affrontements parfois violents entre agriculteurs et défenseurs de l'environnement. Le texte prévoit également un assouplissement de certaines normes applicables à l'élevage.

Pour ses défenseurs, à commencer par une partie du monde agricole, ces mesures sont vitales pour la compétitivité et la survie des exploitations, dans un contexte de crise et de concurrence internationale. Pour ses détracteurs, elles marquent un recul environnemental et sanitaire majeur.

Une ministre qui se désolidarise

Fait rare, la fracture traverse le gouvernement. La ministre de la Transition écologique, Monique Barbut, a fait savoir qu'elle ne reconnaissait plus le texte initial, selon Reporterre. Elle dénonce une dérive qui menacerait la « démocratie de l'eau » et le partage équitable de cette ressource. Voir un membre du gouvernement critiquer aussi ouvertement un texte porté par la majorité est inhabituel, et révèle la profondeur des désaccords.

Une contestation qui ne faiblit pas

Au-delà des institutions, la mobilisation est forte. La loi Duplomb avait déjà suscité une pétition citoyenne d'une ampleur exceptionnelle, rassemblant plus de deux millions de signatures. Scientifiques, médecins et associations continuent d'alerter sur les risques de l'acétamipride pour la santé et la biodiversité.

Alors qu'une commission mixte paritaire doit tenter, ce 16 juillet, de rapprocher les positions des deux chambres, l'issue reste incertaine. Le débat dépasse la seule question agricole : il pose celle de l'arbitrage entre soutien aux agriculteurs et protection de l'environnement et de la santé, un dilemme qui promet de rythmer encore longtemps la vie politique française.