Au début de la guerre opposant l'Iran aux États-Unis et à Israël, les marchés redoutaient l'apocalypse énergétique : plusieurs banques prédisaient un baril à plus de 200 dollars. Le scénario ne s'est pas réalisé. Le brut évoluait autour de 94 dollars début juin, après un pic d'environ 104 dollars. Pour le premier importateur mondial de pétrole, le choc attendu n'a pas eu lieu.
Un détroit étranglé, des prix pourtant contenus
L'accalmie est d'autant plus frappante que la perturbation physique a été massive. L'Agence internationale de l'énergie a évoqué l'une des plus grandes perturbations de l'approvisionnement pétrolier de l'histoire, le trafic dans le détroit d'Ormuz s'effondrant fortement (chiffres À VÉRIFIER). Le détroit n'a toutefois pas été totalement fermé : Téhéran a continué d'y laisser transiter une partie de son brut, en particulier vers la Chine.
Le rôle d'amortisseur de Pékin
Ce qui a absorbé le choc, c'est en grande partie la Chine. Plutôt que de se ruer sur un marché tendu, Pékin a réduit ses importations, d'environ 11 à près de 7,8 millions de barils par jour en mai selon des analystes de J.P. Morgan, rapporte Fortune (À VÉRIFIER). Pékin peut se le permettre grâce à des stocks considérables : réserves stratégiques et commerciales combinées atteindraient 1,3 à 1,4 milliard de barils, soit environ quatre mois d'importations, selon Bruegel (À VÉRIFIER). De quoi puiser dans ses cuves au lieu d'acheter au prix fort.
Diversification, brut décoté et demande molle
Trois autres facteurs jouent : la diversification (l'Iran ne fournissait qu'environ 13 % du brut chinois, écoulé via des raffineries privées contournant les sanctions) ; les achats de brut russe et iranien décoté, que Pékin acquiert à bon compte ; et une demande intérieure molle, qui limite l'appétit énergétique du pays. Cette posture éclaire aussi le jeu diplomatique : premier client de l'Iran, la Chine ménage Téhéran sans s'engager militairement.
L'Europe, maillon faible
Le contraste avec l'Europe est saisissant. Moins exposée à Ormuz pour le pétrole, l'Union européenne l'est davantage sur le gaz naturel liquéfié, qu'elle doit disputer aux acheteurs asiatiques sur le marché spot — le prix de référence européen aurait nettement grimpé au plus fort de la crise (À VÉRIFIER). Faute de réserves stratégiques comparables à celles de Pékin et plus dépendante des importations maritimes, l'Europe — et la France avec elle — reste bien plus exposée à un emballement durable des prix. Là où la Chine a pu jouer l'amortisseur, l'Union risque d'en payer la facture.



