Pendant la pandémie, Moderna a fait connaître au grand public la technologie de l'ARN messager (ARNm), qui fournit aux cellules les instructions pour fabriquer une protéine et déclencher une réponse immunitaire. Le laboratoire américain veut désormais appliquer ce savoir-faire à l'oncologie, avec un objectif ambitieux : entraîner le système immunitaire des patients à reconnaître et détruire leurs propres tumeurs.
Un vaccin sur mesure, pas un vaccin préventif
Il ne s'agit pas d'un vaccin classique destiné à prévenir une maladie, mais d'un traitement « thérapeutique » administré à des patients déjà malades. Le produit phare, baptisé mRNA-4157 (ou V940, désormais nommé intismeran autogene), est développé à parts égales avec le géant pharmaceutique Merck (MSD hors Amérique du Nord).
Son principe est la personnalisation. À partir d'une biopsie de la tumeur, les équipes séquencent l'ADN pour identifier les « néoantigènes », mutations propres au cancer de chaque patient. Un ARNm sur mesure apprend ensuite au système immunitaire à cibler ces signatures. Le vaccin est combiné au Keytruda (pembrolizumab) de Merck, une immunothérapie qui « lève le frein » des cellules immunitaires.
Des résultats encourageants sur le mélanome
Le candidat le plus avancé vise le mélanome, le cancer de la peau le plus agressif. L'essai de phase 2b KEYNOTE-942 a porté sur 157 patients opérés d'un mélanome à haut risque (stade III/IV). Les premiers résultats, publiés dans The Lancet, montraient une réduction du risque de récidive ou de décès d'environ 44 % en faveur de la combinaison vaccin + Keytruda.
Le suivi à cinq ans présenté à l'ASCO en juin 2026 confirme la tendance : environ 49 % de réduction du risque de récidive ou de décès, et 59 % de réduction du risque de métastases à distance par rapport au Keytruda seul, rapporte BioSpace. Côté tolérance, des effets indésirables immunitaires ont été observés, sans événement de gravité maximale, les plus fréquents restant la fatigue et des douleurs au point d'injection.
Prometteur n'est pas prouvé
La prudence reste de mise. Les investigateurs eux-mêmes reconnaissent les limites de l'étude : un effectif modeste, typique d'une phase 2, et des données de survie globale encore immatures. Surtout, le bénéfice sur la survie globale relève d'une analyse « exploratoire » : l'essai n'était pas conçu statistiquement pour le démontrer formellement.
La validation devra venir de la phase 3 INTerpath-001, qui teste la combinaison chez un éventail plus large de patients opérés et dont le recrutement est clos, les résultats étant attendus. D'autres essais de phase 3 ont été lancés, notamment sur le cancer du poumon. Une éventuelle mise sur le marché n'est pas attendue avant 2027 au plus tôt.
L'ARNm en oncologie incarne une promesse réelle : une médecine de précision adaptée à chaque tumeur. Mais entre des signaux statistiquement solides sur un petit groupe de patients et une efficacité confirmée à grande échelle, il reste une étape décisive à franchir.



